Ce qu'il faut retenir
Perdre plus de cheveux en automne est un phénomène biologique normal et mesuré : le repos des follicules culmine en été, et ces cheveux tombent ~100 jours plus tard, entre septembre et novembre. La chute dure 2 à 3 mois, tout repousse, et aucun traitement n'est nécessaire — sauf si elle se prolonge au-delà de 3 mois ou s'accompagne d'un éclaircissement durable.
- Un rythme circannuel documenté : pic de repos folliculaire en juillet, second pic en avril, minimum en février
- La chute visible suit ~100 jours plus tard : maximale de septembre à novembre, modérée en juin-juillet
- La chute peut environ doubler par rapport à l'hiver — sans toucher au capital capillaire
- Présente avec ou sans alopécie : elle peut donner l'impression qu'un traitement « ne marche plus »
- S'y préparer se joue 3 mois avant : routine et bilan des carences dès juin pour l'automne
- Consultez si la chute dépasse 3 mois, si la raie s'élargit ou si les repousses s'affinent
Le cycle saisonnier du cheveu humain
Comme beaucoup de mammifères, l'être humain conserve une mue saisonnière résiduelle. Moins spectaculaire que chez le chien ou le chat, elle est néanmoins mesurable et reproductible d'une année sur l'autre.
Un rappel rapide est utile pour comprendre ce qui suit. Chaque cheveu pousse selon un cycle en trois phases : la phase anagène (la croissance active, qui dure 2 à 6 ans), une courte phase de transition, puis la phase télogène (le repos, environ 3 mois, au terme duquel le cheveu tombe pour laisser place à un nouveau). À un instant donné, environ 85 % de vos cheveux sont en croissance et 10 à 15 % au repos. C'est l'équilibre normal.
L'étude la plus large sur la saisonnalité capillaire (Kunz, Seifert et Trüeb, 2009) a analysé les trichogrammes de 823 femmes sur une période de 6 ans au département de dermatologie de l'Hôpital universitaire de Zurich. Les résultats sont clairs : le pourcentage de cheveux en phase de repos suit un rythme circannuel — c'est-à-dire un cycle qui se répète chaque année, calé sur les saisons — avec un maximum en juillet et un minimum en fin d'hiver (février).
Or, un cheveu qui entre en phase de repos met environ 100 jours avant de tomber. Le pic de repos de juillet se traduit donc par un pic de chute en octobre-novembre — exactement ce que les patients rapportent en consultation chaque automne.
Donnée clé
L'étude de Kunz et al. a montré que ce rythme saisonnier est indépendant du statut capillaire : il est présent chez les femmes avec et sans alopécie, et même chez celles sous traitement minoxidil. C'est un rythme biologique intrinsèque, inscrit dans le fonctionnement du follicule humain.
Pourquoi l'automne ? L'hypothèse solaire
L'hypothèse la plus discutée repose sur le rôle des UV du soleil estival : ils pourraient stresser les cellules de la gaine externe du follicule pileux (la structure qui fabrique le cheveu) et précipiter son entrée en phase de repos. Certains auteurs parlent d'effluvium télogène « actinique » — une chute de cheveux au repos (télogène) déclenchée par l'exposition solaire (actinique).
Ce qui est établi, c'est l'effet du soleil sur la fibre : les cheveux exposés présentent au microscope des dégâts visibles de la cuticule (la couche protectrice externe) et du cortex. L'effet direct sur le follicule lui-même, en revanche, reste une hypothèse — plausible, mais non démontrée.
Mais ce n'est probablement pas la seule explication. Les variations de la photopériode — la durée du jour — influencent la sécrétion de mélatonine, une hormone du cerveau qui régule de nombreux rythmes annuels dans le corps. Chez l'homme, la testostérone elle-même présente une variation annuelle. Or la testostérone peut être convertie en DHT (dihydrotestostérone) — l'hormone responsable de la miniaturisation des follicules dans l'alopécie androgénétique (la forme héréditaire la plus courante de perte de cheveux). Ce lien pourrait expliquer pourquoi le cycle capillaire suit un rythme saisonnier même chez les personnes peu exposées au soleil.
Les auteurs de l'étude zurichoise avancent une lecture adaptative : la chevelure servirait d'isolant au crâne — un maximum de cheveux reste en place pendant l'exposition estivale pour protéger la peau du soleil, puis la mue se produit une fois la menace passée, à l'automne. Un héritage probable de nos ancêtres mammifères.
Le second pic du printemps
L'étude de Kunz et al. a aussi identifié un second pic de repos folliculaire en avril, moins prononcé que celui de l'été. La chute visible se manifeste alors en juin-juillet — souvent confondue avec les effets de la chaleur estivale.
L'étude fondatrice de Randall et Ebling (1991), menée sur 18 mois auprès de 14 hommes à Sheffield (Royaume-Uni), avait déjà mesuré que la proportion de follicules en phase de croissance (anagène) atteignait un pic en mars (plus de 90 %), puis diminuait régulièrement jusqu'à un creux en septembre. La chute maximale — environ 60 cheveux par jour — survenait en août-septembre, plus du double de la perte hivernale.
Une étude longitudinale exceptionnelle des laboratoires L'Oréal (Courtois et al., 1996) a suivi 10 sujets pendant 8 à 14 ans par phototrichogramme. Chez 9 des 10 sujets, une corrélation claire a été observée entre les heures d'ensoleillement et le pourcentage de cheveux au repos — confirmant le lien entre photopériode et cycle capillaire sur le très long terme.
Une analyse des recherches Google de 2004 à 2016 dans 8 pays des deux hémisphères (Hsiang et al., 2018) montre que les requêtes « hair loss » culminent en été et en automne — l'effet est net et s'inverse avec les saisons dans l'hémisphère sud. Une lettre de 2023 le confirme sur les données américaines 2004-2020 : août en tête, minimum en avril. La chute saisonnière se lit jusque dans nos historiques de recherche.
Distinguer chute saisonnière et alopécie
Le principal risque de la chute saisonnière n'est pas la chute elle-même — qui est bénigne et réversible. C'est de masquer une alopécie sous-jacente (une perte de cheveux pathologique et progressive) qui, elle, nécessite une prise en charge.
Les signaux d'alerte
Consultez si la chute persiste au-delà de 3 mois, si la raie s'élargit visiblement, si les cheveux qui repoussent sont plus fins qu'avant, ou si la chute s'accompagne d'autres symptômes (fatigue, prise de poids, perte de sourcils). La chute saisonnière ne modifie ni la densité globale ni la qualité des repousses — si ces éléments changent, c'est qu'autre chose est en jeu.
Chez les personnes avec une alopécie androgénétique (la forme héréditaire de chute liée aux hormones androgènes, comme la DHT), la chute saisonnière se superpose à la chute chronique. Le patient peut avoir l'impression que son traitement ne fonctionne plus — alors qu'il s'agit simplement du pic automnal. C'est un piège classique en consultation, et c'est pourquoi un suivi photographique régulier est essentiel pour juger de l'évolution réelle.
De même, un effluvium télogène (une chute diffuse et soudaine où trop de cheveux passent au repos en même temps) déclenché par un stress, une carence en fer ou un dérèglement thyroïdien peut coïncider avec le pic saisonnier et être faussement attribué aux « changements de saison ».
Que faire pendant la chute saisonnière
⏳D'abord : ne pas paniquer
La chute saisonnière se résout d'elle-même en 2 à 3 mois. Aucun traitement médical n'est nécessaire si la chute correspond au schéma saisonnier classique (automne, durée limitée, pas de modification de la raie ni de la densité globale).
🤲Stimuler le cuir chevelu
Les massages du cuir chevelu (3 à 5 minutes par jour, du bout des doigts, en mouvements circulaires) sont le levier le plus simple : ils stimulent la microcirculation autour des follicules et détendent le cuir chevelu. On vous montre la technique dans notre guide du massage du cuir chevelu.
Le dermaroller (0,25 à 0,5 mm, une à deux fois par semaine) crée des micro-perforations qui déclenchent une réponse de réparation locale — un outil étudié surtout en accompagnement de l'alopécie androgénétique, à manier proprement : mode d'emploi complet dans notre article dermaroller et cheveux.
🌿Soutenir avec des actifs topiques
En complément des gestes mécaniques, des sérums ciblés peuvent soutenir la vitalité folliculaire pendant la période de chute :
La caféine topique stimule la microcirculation et a montré, in vitro, un allongement de la phase de croissance du cheveu — c'est l'un des actifs les plus étudiés en cosmétique capillaire. L'aminexil (un proche parent du minoxidil) vise à limiter la rigidification du collagène autour de la racine, pour préserver l'ancrage du cheveu. Le Procapil® combine un peptide de vitamine B3 et un extrait d'olive pour renforcer l'ancrage et limiter l'effet local de la DHT. L'huile de romarin (Rosmarinus officinalis), enfin, a montré dans un essai clinique une amélioration de la densité comparable au minoxidil 2 % après 6 mois.
Le vrai timing : comptez 3 mois
Un cheveu qui bascule au repos met ~100 jours à tomber — et symétriquement, les essais cliniques des actifs topiques mesurent leurs effets à 3 et 6 mois, jamais avant. Une routine anti-chute saisonnière se démarre donc un trimestre avant le pic : en juin pour la chute d'automne (septembre-novembre), en mars pour celle de juin-juillet. Commencer au cœur de la chute n'est pas inutile — mais c'est la vague suivante que vous préparez.
Le pic d'automne se prépare en juin
Sérums caféine, Procapil® & romarin — comptez 3 mois de routine pour un effet mesurable au moment du pic.
Découvrir notre sélection →🧪Vérifier les fondamentaux
Profitez de cette période pour faire doser votre ferritine (vos réserves en fer), votre vitamine D et votre zinc. Aucun de ces compléments n'est utile sans carence — mais une carence avérée, elle, entretient la chute bien au-delà de la saison, et se corrige en quelques mois. Le bon ordre : doser d'abord, supplémenter ensuite, uniquement ce qui manque.
Fer, zinc, vitamine D : faites vérifier, puis faites le plein
Un bilan simple avant l'automne, et une supplémentation ciblée seulement si besoin — notre sélection de compléments.
Voir les compléments →✋Les bons gestes du quotidien
- ✓Brossez sur cheveux démêlés, sans arracher — une brosse dure ne « fortifie » rien, elle casse.
- ✓Limitez le sèche-cheveux à haute température et les appareils chauffants : un cheveu en fin de cycle est plus vulnérable.
- ✓Évitez les coiffures à traction (queues de cheval serrées, chignons tirés) pendant le pic.
- ✓Lavez normalement — le shampooing ne fait pas tomber les cheveux, il évacue ceux déjà détachés.
- ✓L'été suivant, protégez cheveux et cuir chevelu du soleil (chapeau, ombre) : c'est en juillet que se prépare la chute d'octobre.
Kunz M, Seifert B, Trüeb RM. — Étude rétrospective sur 823 femmes (6 ans) au département de dermatologie de l'Hôpital universitaire de Zurich. Démontre une périodicité annuelle du pourcentage de cheveux en phase de repos, avec un maximum en juillet, un second pic moins marqué au printemps et un minimum en fin d'hiver. Confirme la saisonnalité indépendamment du statut alopécique et du traitement par minoxidil. Référence principale de l'article.
Dermatology. 2009;219(2):105–110. doi: 10.1159/000216832. PMID : 19407435.
→ PubMed 19407435Randall VA, Ebling FJ. — Étude longitudinale (18 mois, 14 hommes, Sheffield, UK), mesures tous les 28 jours. Pic de croissance en mars (> 90 % de follicules anagènes), creux en septembre ; chute maximale en août-septembre (~60 cheveux/jour, plus du double de l'hiver). Première documentation du rythme saisonnier de la barbe. Référence fondatrice, confirmée par toutes les études ultérieures.
British Journal of Dermatology. 1991;124(2):146–151. doi: 10.1111/j.1365-2133.1991.tb00423.x. PMID : 2003996.
→ PubMed 2003996Courtois M, Loussouarn G, Hourseau S, Grollier JF. — Étude longitudinale exceptionnelle par sa durée : 10 sujets suivis 8 à 14 ans par phototrichogramme (laboratoires L'Oréal — affiliation industrielle à noter, sans enjeu produit ici). Chez 9 sujets sur 10, corrélation entre heures d'ensoleillement et pourcentage de cheveux au repos, confirmant le lien photopériode–cycle capillaire sur le très long terme.
British Journal of Dermatology. 1996;134(1):47–54. PMID : 8745886.
→ PubMed 8745886Hsiang EY, Semenov YR, Aguh C, Kwatra SG. — Analyse des recherches Google « hair loss » de 2004 à 2016 dans 8 pays des deux hémisphères : volume maximal en été (×5,74 vs printemps) puis en automne (×5,05), avec inversion saisonnière dans l'hémisphère sud. Corrobore à l'échelle des populations ce que les trichogrammes mesurent en clinique. Confirmée sur les données américaines 2004-2020 (Buontempo et al., 2023 : août en tête, minimum en avril).
British Journal of Dermatology. 2018;178(4):978–979. doi: 10.1111/bjd.16075. Sans financement déclaré.
→ doi.org/10.1111/bjd.16075Asghar F, Shamim N, Farooque U, Sheikh H, Aqeel R. — Revue générale de l'effluvium télogène (2020) : mécanismes du cycle, causes, diagnostic différentiel et prise en charge. Référence de cadrage pour distinguer chute saisonnière et effluvium d'autre cause.
Cureus. 2020;12(5):e8320. doi: 10.7759/cureus.8320. PMID : 32607303. PMC7320655. Open access.
→ PubMed 32607303