L’essentiel en 30 secondes
Aucune de ces innovations n’est encore disponible en pharmacie en France. Le clascoterone (Phase 3 réussie) vise un dépôt d’autorisation américain début 2027, le pyrilutamide vise la Chine ; la thérapie cellulaire et les exosomes restent des actes réservés à la clinique. Le plus décisif reste de traiter dès aujourd’hui avec ce qui a déjà fait ses preuves — les innovations viendront s’y ajouter, pas le remplacer.
- Clascoterone / Breezula (Cosmo Pharmaceuticals, Irlande) — Phase 3 réussie en décembre 2025 (1 465 patients). Premier anti-androgène topique qui bloque la DHT au récepteur sans absorption systémique. Dépôt FDA annoncé pour début 2027, dossier européen en préparation
- CosmeRNA (Bioneer, Corée du Sud) — cosméceutique à base d’ARN interférent (siRNA) qui réduit l’expression du récepteur aux androgènes. Disponible en Europe. Gain de cheveux démontré contre placebo dans deux essais du fabricant, d’ampleur proche de celle rapportée pour le finastéride — mais sans comparaison directe
- Pyrilutamide / KX-826 (Kintor, Chine) — antagoniste topique du récepteur aux androgènes. Phase 3 à 0,5 % a raté le critère principal, mais Phase 3 à 1 % a atteint son critère principal en mars 2026 (666 patients). Dépôt du dossier chinois annoncé pour 2026, commercialisation visée en 2027
- PP405 (Pelage, États-Unis) — gel qui vise à réveiller le métabolisme des cellules souches du follicule. Premier essai contre placebo (78 personnes) centré sur la tolérance, signal de repousse exploratoire ; Phase 3 annoncée. Rien d’accessible
- Exosomes — nanovésicules de cellules souches injectées dans le cuir chevelu. Résultats prometteurs en clinique, pas encore standardisé
- S-DSC Shiseido (Japon) — première thérapie de multiplication cellulaire commerciale au monde, lancée en 2024 au Japon uniquement
- Aucune de ces innovations ne remplace un diagnostic médical ni les traitements validés existants
Clascoterone / Breezula : la révolution Phase 3
Pour comprendre ces innovations, un rappel rapide s’impose. Dans l’alopécie androgénétique (la forme de chute la plus courante), une hormone dérivée de la testostérone — la DHT (dihydrotestostérone) — se fixe sur des récepteurs aux androgènes présents dans les follicules pileux du crâne. Ce signal provoque la miniaturisation progressive du follicule : le cheveu devient de plus en plus fin, jusqu’à disparaître. Tous les traitements présentés ici ciblent ce mécanisme, mais chacun à un niveau différent de la chaîne.
C’est l’actualité la plus importante du secteur capillaire depuis des décennies. En décembre 2025, Cosmo Pharmaceuticals a annoncé les résultats de deux essais de Phase 3 identiques (SCALP 1 et SCALP 2) portant sur 1 465 hommes atteints d’alopécie androgénétique aux États-Unis et en Europe.
Le principe : le clascoterone est un antagoniste topique du récepteur aux androgènes. Concrètement, il empêche la DHT de se fixer sur le follicule pileux, directement au niveau du cuir chevelu, sans passer par le sang. C’est une différence fondamentale avec le finastéride, qui bloque la production de DHT dans tout le corps et peut provoquer des effets secondaires sexuels.
(2 études Phase 3)
vs véhicule (SCALP 1)
vs véhicule (SCALP 2)
Transparence sur ces chiffres
Les pourcentages (+539 %, +168 %) sont des améliorations relatives par rapport au véhicule (placebo), pas des augmentations absolues du nombre de cheveux. L’écart important entre les deux études est courant en recherche capillaire (variabilité entre populations, sites d’évaluation, sévérité de base). Le profil de sécurité est excellent : effets indésirables comparables au placebo, pas d’effets hormonaux systémiques. Les données à 12 mois, annoncées en avril 2026 (pas encore publiées dans une revue scientifique), montrent que la pousse se poursuit sous traitement continu et s’érode après l’arrêt — un résultat obtenu chez les seuls participants répondeurs des six premiers mois, répartis ensuite entre poursuite et arrêt.
Ce que ça change : si le clascoterone est approuvé (dépôt du dossier américain annoncé pour début 2027, dossier européen en préparation), ce sera le premier nouveau mécanisme d’action approuvé pour l’AGA en plus de 30 ans. Il offrirait aux patients une alternative topique au finastéride sans les effets hormonaux systémiques. Cosmo commercialise déjà le clascoterone 1 % en crème pour l’acné (Winlevi, approuvé par les agences américaine puis européenne, lancé en Europe en 2026).
CosmeRNA : l’ARN interférent coréen
C’est probablement l’innovation la plus élégante du secteur. Le CosmeRNA utilise la technologie de l’ARN interférent (siRNA) pour traiter la chute de cheveux. En termes simples : là où le finastéride empêche votre corps de fabriquer la DHT, et où le clascoterone empêche la DHT de se fixer au récepteur, le CosmeRNA réduit le nombre de récepteurs eux-mêmes dans le follicule.
La molécule active (SAMiRNA-AR68) est encapsulée dans des nanoparticules de moins de 100 nm qui pénètrent le follicule par massage. Une fois à l’intérieur, elle recrute la machinerie cellulaire (complexe RISC) pour dégrader l’ARN messager du récepteur aux androgènes, réduisant ainsi sa production. L’effet est temporaire et réversible — le siRNA ne modifie pas l’ADN.
(contre −0,2 sous placebo)
dans l’essai principal
sexuels rapportés
Un second essai (Han 2025, en Allemagne, 6 mois, en double insu contre placebo) va dans le même sens chez les Européens : moins de chute au peignage, plus de cheveux épais. Il est toutefois beaucoup plus fragile : sur 120 personnes incluses, seules 41 ont pu être analysées (application faite à la maison, zones de mesure non repérées), et la revue qui le publie n’est pas indexée dans les bases médicales. L’étude est financée par Bioneer. Le fabricant teste déjà un second produit de la même famille, ciblant cette fois la protéine DKK-1 : premier essai contre placebo positif mais d’effet modeste (72 personnes, 2026).
Limites importantes
Le CosmeRNA est classé comme cosmétique, pas comme médicament. Il n’a pas fait l’objet d’essais cliniques de Phase 3 au sens pharmaceutique. Les deux études publiées (Yun 2022 dans Scientific Reports, Han 2025) sont financées par le fabricant. La comparaison au finastéride souvent mise en avant ne vient pas d’un face-à-face : l’article de 2022 a d’ailleurs été corrigé par ses auteurs, qui ont retiré le chiffre « 83 % du finastéride » — c’est un rapprochement entre essais distincts. Les données à long terme (> 6 mois) ne sont pas encore disponibles. C’est prometteur, mais la prudence reste de mise.
Pyrilutamide (KX-826) : l’anti-androgène chinois
La pyrilutamide est un antagoniste sélectif du récepteur aux androgènes (comme le clascoterone, mais d’un fabricant différent). En application topique, elle bloque la DHT localement, sans effets hormonaux systémiques observés dans les essais.
L’histoire de la pyrilutamide est un bon exemple de l’honnêteté scientifique qu’ANAGEN défend : la Phase 3 à 0,5 % (740 hommes en Chine) a raté son critère principal en novembre 2023 — pas de différence statistiquement significative vs placebo sur le nombre de cheveux. En revanche, l’essai de sécurité à long terme (52 semaines, 270 patients, résultats mars 2025) a montré 53 % d’amélioration chez les hommes et 48 % chez les femmes, sans effets sexuels.
Mise à jour mars 2026 : Kintor a lancé en décembre 2024 une nouvelle Phase 3 à 1,0 % dans 26 centres chinois avec 666 patients. La concentration doublée montre une rétention plus élevée dans les cellules du cuir chevelu en préclinique. Les résultats topline sont tombés en mars 2026 — Kintor annonce que le critère principal a été atteint, sans publier encore le détail des chiffres dans une revue scientifique. Le dépôt du dossier en Chine (auprès de la NMPA) est annoncé pour 2026 — à notre connaissance il n’était pas encore déposé mi-octobre 2026 —, commercialisation possible en 2027.
Kintor développe aussi le GT20029, un dégradeur du récepteur aux androgènes basé sur la technologie PROTAC (PROteolysis TArgeting Chimera). Contrairement aux antagonistes qui bloquent le récepteur, les dégradeurs le détruisent physiquement. Son premier essai d’efficacité (Phase 2, 180 hommes, publié fin 2025) montre un gain de cheveux à 12 semaines sur deux des quatre schémas testés — dont un en deux applications par semaine —, mais l’analyse de confirmation est moins nette et une lettre indépendante parue dans la même revue souligne les limites : durée courte, pas de relation dose-effet claire, mesure d’image non validée entre lecteurs. La Phase 3 reste à lancer.
Exosomes : la médecine régénérative du follicule
Les exosomes sont de minuscules vésicules (30 à 150 nm) naturellement sécrétées par les cellules souches. Elles transportent des facteurs de croissance (VEGFA, FGF7, Wnt10B) et des micro-ARN qui, une fois injectés dans le cuir chevelu, activent les cellules de la papille dermique et stimulent la formation de nouveaux vaisseaux sanguins autour du follicule.
C’est un peu le PRP nouvelle génération : au lieu d’injecter vos propres plaquettes, on injecte un concentré de signaux de croissance issus de cellules souches cultivées en laboratoire. Plusieurs cliniques en France et à l’étranger proposent déjà ce traitement, souvent en complément du PRP ou du microneedling.
Prudence
Les exosomes ne sont pas un traitement standardisé. Il n’existe pas de protocole unique (source des cellules souches, concentration, fréquence des injections, volume). Les résultats varient considérablement d’une clinique à l’autre. Une revue indépendante de 2026 le confirme : fabrication, doses et protocoles diffèrent d’une étude à l’autre, et aucun produit à base d’exosomes n’est approuvé par les agences du médicament, toutes indications confondues. Si vous êtes intéressé, exigez que votre praticien vous montre les données de la source d’exosomes qu’il utilise et discutez des résultats réalistes.
Shiseido S-DSC : la thérapie cellulaire capillaire
En juillet 2024, Shiseido a lancé au Japon la première thérapie de multiplication cellulaire capillaire commerciale au monde. Le principe : des cellules de la gaine dermique (DSC) sont prélevées à l’arrière du crâne du patient, cultivées en laboratoire pendant environ 6 semaines, puis réinjectées dans les zones dégarnies.
Les résultats sont modestes mais réels : un épaississement des cheveux existants plutôt qu’une repousse — dans l’essai publié, l’épaisseur cumulée progresse de 1 à 3 % quand la densité, elle, ne bouge pas. L’essai visait plus de la moitié de participants améliorés sur photos : il en a obtenu 30 % (jugement de deux dermatologues en aveugle), tandis que 63 % des participants ont perçu une amélioration — l’écart entre la mesure et le ressenti est fréquent dans ce domaine. L’effet était meilleur chez les femmes (39 % contre 21 % chez les hommes). Ce n’est pas encore la « clonation capillaire » dont rêvent les patients — mais c’est le premier pas concret vers une médecine régénérative du follicule.
Disponibilité (mise à jour octobre 2026) : Japon uniquement, dans quelques cliniques, hors assurance maladie. L’accès pour les étrangers est techniquement possible mais complexe (nécessite un intermédiaire japonais et un interprète). Aucun calendrier pour l’Europe.
PP405 et SCUBE3 : réveiller le follicule autrement
Toutes les approches vues plus haut s’attaquent aux androgènes ou injectent des cellules. Deux pistes américaines prennent un autre chemin : réactiver directement les cellules souches du follicule, mises en veille dans l’alopécie androgénétique.
Le PP405 (Pelage Pharmaceuticals) est un gel qui vise le métabolisme énergétique de ces cellules pour les sortir de leur dormance. Son premier essai contre placebo (78 hommes et femmes, gel appliqué un mois, suivi trois mois) portait d’abord sur la tolérance : bonne, sans passage du produit dans le sang. Le signal d’efficacité, lui, reste exploratoire — chez les hommes à perte avancée, 31 % ont gagné plus de 20 % de densité à huit semaines, contre aucun sous placebo, sur un petit sous-groupe. Une Phase 3 est annoncée ; rien n’est publié dans une revue scientifique à ce jour.
SCUBE3 est une protéine de signalisation identifiée en 2022 par l’Université de Californie à Irvine : produite par la papille dermique, elle suffit à relancer la pousse chez la souris, y compris sur des follicules humains greffés. C’est une découverte de laboratoire remarquable — mais aucun essai chez l’humain n’a commencé : le candidat-médicament qui en découle est toujours en développement préclinique.
Pourquoi on en parle quand même
Ces deux pistes valident une idée neuve : dans la calvitie commune, les cellules souches du follicule ne sont pas détruites, elles sont endormies — donc réactivables. Même si ni PP405 ni SCUBE3 n’aboutissent, c’est ce changement de cible qui ouvre la prochaine génération de traitements.
Que faire en attendant ?
Le pipeline est extraordinairement prometteur — plus qu’il ne l’a jamais été dans l’histoire de la trichologie. Mais la plupart de ces innovations ne seront pas accessibles en routine avant 2027-2028 au plus tôt — et d’abord hors de France.
En attendant, la stratégie ANAGEN reste la même :
1. Diagnostiquez — identifiez la cause exacte de votre chute avant toute action.
2. Traitez avec ce qui existe — minoxidil, finastéride (si approprié), actifs sans ordonnance, compléments ciblés. Ces traitements fonctionnent et stabilisent la chute.
3. Restez informé — ANAGEN suivra l’évolution de ces innovations et mettra cet article à jour au fil des publications et des autorisations.
Le message le plus important : n’attendez pas un traitement miracle pour commencer à agir. Les follicules qui se miniaturisent aujourd’hui seront plus difficiles à récupérer demain.
Yun SI, Lee SK, Goh EA, Kwon OS, Choi W, Kim J, Lee MS, Choi SJ, Lim SS, Moon TK, Kim SH, Kyong K, Nam G, Park HO. Deux essais cliniques randomisés en double aveugle contre placebo, 24 semaines. Dose élevée (5 mg/mL, 1x/semaine) : +7,7 cheveux/cm² contre −0,2 sous placebo. Un seul effet indésirable local léger. Article corrigé en avril 2022 par ses auteurs (le « 83 % du finastéride » retiré : comparaison entre essais distincts, pas de face-à-face). Financé par Bioneer Corp. Texte intégral lu.
Scientific Reports. 2022;12:1607. PMID : 35102171 (erratum : PMID 35383268).
→ doi.org/10.1038/s41598-022-05544-wHan J, Choi W, Lim SS, Voss W, Emmler T et al. Essai en double aveugle contre placebo, Allemagne, 6 mois : moins de chute, plus de cheveux épais. Fragile : 41 participants analysés sur 120 inclus (auto-application à domicile, zones de mesure non repérées) ; revue non indexée dans les bases médicales. Financé par Bioneer. Texte intégral lu.
Clinical and Experimental Dermatology and Therapies. 2025;10:244.
→ doi.org/10.29011/2575-8268.100244Cosmo Pharmaceuticals. Résultats topline Phase 3 (SCALP 1 et SCALP 2). 1 465 patients, États-Unis et Europe. Clascoterone 5 % solution topique vs véhicule. Améliorations relatives TAHC : +539 % (SCALP 1) et +168 % (SCALP 2). PRO statistiquement significatif en analyse combinée. Profil de sécurité comparable au placebo.
Communiqué de presse Cosmo Pharmaceuticals, 3 décembre 2025. Données à 12 mois annoncées par communiqué le 15 avril 2026 (dépôt FDA visé début 2027) ; publication scientifique attendue.
→ cosmohealthconfidence.com — communiqué Phase III (NCT05910450, NCT05914805)Harada K, Ohyama M, Niiyama S, et al. Étude clinique « équivalent Phase III », monobras (sans groupe témoin), multicentrique. 36 participants, injections de cellules de la gaine dermique prélevées en zone occipitale, 2 fois à 3 mois d’intervalle, 12 mois de suivi. 30 % améliorés en photo (l’objectif pré-spécifié de plus de 50 % n’est pas atteint), 63 % en auto-évaluation ; épaisseur +1 à +3 %, densité inchangée. Aucun effet indésirable grave. Financé par Shiseido. Texte intégral lu.
The Journal of Dermatology. 2023;50(12):1539-1549. PMID : 37752738 (correction d’affiliation 2026 : PMID 41569024).
→ doi.org/10.1111/1346-8138.16957Hu R, Wei A, Wu L, et al. Phase 2 du GT20029 (PROTAC topique) : essai multicentrique randomisé en double aveugle contre placebo, 180 hommes chinois, 12 semaines. Gain de cheveux significatif contre placebo sur 2 des 4 schémas testés (0,5 % quotidien ; 1 % deux fois par semaine) ; l’analyse de confirmation ne retrouve pas la différence à 12 semaines. Trois co-auteurs employés du fabricant. Une lettre indépendante (Tringali, même revue, 2026) souligne la durée courte et l’imagerie non validée entre lecteurs. Textes intégraux lus.
Journal of Dermatological Treatment. 2025;36(1):2574304 (lettre : 2026;37(1):2616552, PMID 41537317).
→ doi.org/10.1080/09546634.2025.2574304Yim Y, Kim MS, Kim KH, et al. Premier essai randomisé en double aveugle d’un siRNA ciblant DKK-1 (second produit CosmeRNA) : 72 adultes coréens, 24 semaines, application toutes les 2 semaines par du personnel formé. Densité : +1,6 contre −1,4 cheveux/cm² sous placebo (effet modeste, en partie porté par la baisse du placebo) ; épaisseur en hausse dose-dépendante ; aucun événement indésirable. Financé par Bioneer, analyse menée avec un investigateur universitaire. Texte intégral lu.
Journal of the American Academy of Dermatology. 2026 (sous presse). PMID : 42606404.
→ doi.org/10.1016/j.jaad.2026.07.057