Ce qu'il faut retenir
Le Procapil est un actif sans ordonnance qui vise l'ancrage du cheveu, la microcirculation et la DHT : en sérum à 3 %, il réduit la chute et se tolère remarquablement bien, ce qui en fait une bonne base de routine, seul ou en complément d'un traitement médical.
- Trois actions complémentaires : un peptide qui vise l'ancrage du cheveu, l'apigénine pour la microcirculation, l'acide oléanolique censé freiner l'enzyme qui fabrique la DHT
- Des résultats mesurés : en lotion à 3 % avec de la caféine, la chute baisse de plus d'un quart en 12 semaines et 84 % des participants se disent améliorés
- Un plus en cabinet : ajouté à des séances de PRP, il fait mieux que le PRP seul
- Très bien toléré : aucun effet indésirable dans la plupart des essais, sans ordonnance, chez l'homme comme chez la femme
- Ce qui manque encore : aucun essai contre placebo ne l'a isolé des autres actifs — d'où son classement en données préliminaires, et notre conseil de l'utiliser dans un sérum multi-actifs
Qu'est-ce que le Procapil ?
Le Procapil™ est un actif sans ordonnance breveté développé par Sederma, un laboratoire français spécialisé dans les peptides et actifs pour la cosmétique, membre du groupe Croda. Contrairement à beaucoup d'actifs capillaires qui ciblent un seul mécanisme, il a été conçu pour agir sur trois fronts à la fois.
Pour comprendre pourquoi c'est important, il faut rappeler que la chute de cheveux — en particulier l'alopécie androgénétique, la forme la plus courante — n'a pas une seule cause. Trois mécanismes principaux se combinent : l'excès de DHT (l'hormone qui amincit progressivement le cheveu), une mauvaise circulation sanguine au niveau du cuir chevelu (qui prive les follicules de nutriments et d'oxygène) et un affaiblissement de l'ancrage du cheveu dans son follicule (qui facilite sa chute prématurée). Le Procapil contient un composant pour chacun de ces trois problèmes.
Les trois composants et leurs mécanismes
Trois cibles complémentaires dans un seul actif : c'est ce qui lui vaut sa place dans les sérums multi-actifs. Ces mécanismes sont décrits par le fabricant (Sederma) à partir de travaux de laboratoire. Voici ce qu'ils recouvrent.
1. Acide oléanolique — la piste anti-DHT
Extrait des feuilles d'olivier selon le fabricant, l'acide oléanolique est censé freiner l'enzyme qui fabrique la DHT (la 5α-réductase). Pour rappel, la DHT est l'hormone qui se fixe sur les récepteurs du follicule et raccourcit progressivement la phase de croissance du cheveu : cycle après cycle, le cheveu devient plus fin, plus court. Ce frein est documenté en laboratoire ; chez l'humain, la baisse de DHT n'a pas encore été mesurée avec le Procapil. L'application, elle, reste locale, sans les effets généraux des traitements hormonaux pris par voie orale.
2. Apigénine — le vasodilatateur naturel
L'apigénine est un flavonoïde naturellement présent dans les agrumes, le persil et la camomille. Son rôle supposé dans le Procapil est de dilater les vaisseaux sanguins qui irriguent le cuir chevelu. Un follicule mieux irrigué reçoit davantage d'oxygène, de glucose et de micronutriments — le carburant indispensable à la fabrication du cheveu. Le minoxidil agit lui aussi sur la circulation du cuir chevelu, par une autre voie biochimique.
3. Biotinoyl tripeptide-1 — la fondation de l'ancrage
Le biotinoyl tripeptide-1, aussi appelé biotinyl-GHK (glycine-histidine-lysine couplée à la biotine), est une matrikine — un petit peptide qui communique avec les cellules de la matrice extracellulaire. Son rôle : stimuler les protéines d'ancrage qui maintiennent le cheveu enraciné dans la papille dermique. Sur des follicules en culture, le fabricant mesure une croissance comparable à celle du minoxidil à concentration équivalente (travaux de laboratoire, effectifs non publiés). En clair : il renforce les « fondations » qui empêchent le cheveu de se décrocher prématurément.
Le fabricant crédite le biotinoyl tripeptide-1 d'un effet sur les protéines de structure et d'adhésion : vimentine, desmogléines, desmocollines, laminine 5 et collagène IV, avec une stimulation des pro-métalloprotéinases matricielles. Le suffixe GHK qu'on retrouve dans le biotinyl-GHK est aussi présent dans le célèbre peptide cuivrique GHK-Cu, connu pour ses propriétés de régénération tissulaire. Les matrikines sont de petits peptides qui « parlent » aux cellules pour leur dire de fabriquer plus de protéines structurelles. C'est un domaine de recherche très actif en cosmétique avancée.
Les études, une par une
Quatre essais cliniques portent sur des formules contenant du Procapil. Nous les avons lus en texte intégral, méthode et financement compris. Voici ce que vaut chacun.
Points : ●●● élevé · ●●○ moyen · ●○○ faible. « Qui paie » ●●● = aucun financement ni lien déclaré.
1. En sérum avec de la caféine, la chute baisse (Samadi 2024)
Publié dans le Journal of Cosmetic Dermatology, cet essai a suivi 19 hommes pendant 12 semaines avec une lotion associant Procapil 3 %, caféine et zinc PCA. Deux mesures progressent nettement : la chute au test de peignage baisse de 26,9 % et la part de cheveux épais par rapport au duvet augmente de 53 %. À l'auto-évaluation, 84,2 % des participants se disent améliorés ; un médecin indépendant qui relit les photos en retient 68,4 %. Aucun effet indésirable. La densité, elle, ne progresse pas sur douze semaines. L'essai n'a pas de groupe témoin et il est financé par Sina Company, dont l'un des auteurs dirige les affaires réglementaires : il montre une tendance encourageante, il ne la démontre pas.
2. Ajouté à des séances de PRP, il fait mieux que le PRP seul (Khoso & Fahim 2024)
C'est la nouveauté de ce dossier, et elle est restée discrète en France. Dans un hôpital pakistanais, 160 hommes ont reçu quatre séances de PRP ; la moitié appliquait en plus du Procapil 5 % matin et soir pendant six mois. Résultat : 72,5 % de patients satisfaits contre 48,75 % avec le PRP seul, et une repousse jugée par deux dermatologues chez 77,5 % contre 57,5 %. C'est la première fois que le Procapil est ajouté à un traitement identique dans les deux groupes : la première fois, donc, qu'on approche son apport propre. L'essai reste ouvert, sans tirage au sort ni placebo, sur des critères déclaratifs : un bon signal, pas une démonstration.
3. Avec le PRP, face à une autre association (Pavithra 2023)
Le seul essai randomisé du dossier compare deux sérums ajoutés au PRP : le Procapil d'un côté, l'association Redensyl + saw palmetto + biotine de l'autre, chez 54 hommes, sur environ quinze semaines. Les deux groupes progressent, et l'autre association progresse davantage (21,9 % contre 11,9 % d'amélioration moyenne des stades). Les auteurs ne précisent ni la concentration ni la marque du Procapil utilisé. Côté tolérance, onze effets indésirables sont rapportés dans le groupe Procapil (démangeaisons, dermite séborrhéique, eczéma de contact) contre neuf dans l'autre, séances de PRP comprises. À retenir pour choisir un sérum : c'est la formule complète qui compte, pas un actif isolé.
4. Le trio Redensyl + Capixyl + Procapil face au minoxidil (Karaca 2019)
contre 60 % sous minoxidil 5 %
contre 25,5 %
dans le résultat : inconnue
Ce qu'il manque encore
Aucun essai publié n'a comparé le Procapil à un placebo en l'isolant des autres actifs : c'est ce qui manque pour que nous le classions plus haut, et la raison de sa mention « données préliminaires ». Un essai paru en 2025 l'a testé seul face au minoxidil 5 % et l'a trouvé en retrait, sur des critères jugés par les patients et les médecins ; sa revue n'est pas indexée dans les bases de référence, nous le citons donc comme signal. Deux points méritent d'être notés : aucune irritation n'y a été rapportée côté Procapil, et la comparaison oppose un actif sans ordonnance à un médicament. Notre conseil reste le même : choisissez un sérum qui associe le Procapil à d'autres actifs, et jugez la formule complète.
Procapil et PRP : une association qui a du sens
Les séances relancent le follicule, le sérum entretient entre deux rendez-vous. Dans l'essai de 2024, les patients qui ajoutaient du Procapil à leur PRP étaient plus satisfaits que ceux qui recevaient le PRP seul. Demandez à votre praticien le délai à respecter après une séance.
Comment bien l'utiliser
Concentration : 3 %, la dose recommandée par le fabricant et celle des essais. Deux essais ont utilisé 5 %, sans qu'aucun ne compare les deux dosages. Vérifiez toujours la concentration sur l'étiquette de votre sérum — si elle n'est pas indiquée, c'est rarement bon signe.
Fréquence : application quotidienne (idéalement biquotidienne) sur cuir chevelu propre et sec. Le matin et le soir, en massant légèrement avec les doigts pendant 1 à 2 minutes.
Durée : les essais courent de 12 semaines à 6 mois. Comptez au moins trois mois avant de juger du résultat, et poursuivez l'application pour l'entretenir.
Associations : le Procapil se pense en association, et c'est une logique de bon sens : un actif qui vise l'ancrage, un autre la microcirculation, un troisième la DHT. On le retrouve ainsi aux côtés du Redensyl, du Capixyl ou de la caféine dans les sérums multi-actifs. La même logique vaut en complément de ce que votre médecin vous a prescrit, ou entre deux séances en cabinet.
Avec le microneedling : le microneedling augmente la pénétration des actifs appliqués ensuite. Appliquez votre sérum une fois le cuir chevelu apaisé, en suivant le délai indiqué par votre praticien.
Tolérance : le Procapil est bien toléré, mais un sérum contient d'autres ingrédients : testez-le sur une petite zone du cuir chevelu avant la première application complète.
Samadi A, Rokhsat E, Saffarian Z, Goudarzi MM, Kardeh S, Nasrollahi SA, Firooz A. — Lettre à l'éditeur : essai avant/après sans groupe témoin (20 inclus, 19 analysés), alopécie androgénétique stades II-IV, 12 semaines, lotion Procapil 3 % + caféine + zinc PCA. Significatifs : chute −26,9 % (p = 0,026), ratio cheveux terminaux/duvet +53 % (p = 0,028). Non significatifs : ratio anagène/télogène (p = 0,35), densité et nombre de cheveux. Auto-évaluation 84,2 % (médecin indépendant 68,4 %). Aucun effet indésirable. Financée par Sina Company ; un auteur y dirige les affaires réglementaires. Lue en texte intégral.
Journal of Cosmetic Dermatology. 2024;23(4):1492-1494. PMID : 37990760. doi: 10.1111/jocd.16102.
→ pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37990760Khoso H, Fahim M. — Essai quasi-expérimental non randomisé et ouvert, 160 hommes (stades II-V), hôpital de district de Takhtbhai (Pakistan) : PRP seul, 4 séances, contre le même PRP complété par du Procapil 5 % deux fois par jour, 6 mois. Satisfaction des patients 72,5 % contre 48,75 % (p = 0,0022) ; repousse jugée par deux dermatologues 77,5 % contre 57,5 % (p = 0,0069). Critères déclaratifs, évaluateurs non aveugles, aucun financement ni conflit d'intérêts déclaré. Lue en texte intégral.
Journal of Ayub Medical College Abbottabad. 2024;36(2):299-304. PMID : 39609969. doi: 10.55519/JAMC-02-12749.
→ pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39609969Pavithra TR, Rajashekar TS, Suresh Kumar K, Harish Prasanna. — Essai randomisé contrôlé, indépendant (aucun financement déclaré). 54 hommes, hôpital tertiaire, 4 séances de PRP espacées de 3 semaines puis suivi : environ quinze semaines au total. Amélioration moyenne des stades : 11,9 % (PRP + Procapil) contre 21,9 % (PRP + Redensyl, saw palmetto et biotine) — les deux groupes s'améliorent. Concentration et marque du Procapil non déclarées. Effets indésirables : onze dans le groupe Procapil (démangeaisons, dermite séborrhéique, eczéma de contact) contre neuf dans l'autre. Lue en texte intégral.
Cureus. 2023;15(5):e38696. PMID : 37292551. doi: 10.7759/cureus.38696. Accès libre.
→ pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10246929Karaca N, Akpolat ND. — Essai randomisé ouvert, 120 inclus et 106 analysés, 24 semaines : sérum Redensyl + Capixyl + Procapil contre minoxidil 5 %. Répondeurs sur photo globale 88,9 % contre 60 % ; à l'évaluation du chercheur 64,7 % contre 25,5 %. Aucune concentration n'est déclarée ; la formule est déposée sous le nom Procare, sans titulaire précisé ; la revue n'est pas indexée dans les bases de référence. Citée comme signal. Lue en texte intégral.
Journal of Cosmetology & Trichology. 2019;5:140. doi: 10.4172/2471-9323.1000140. Revue non indexée.
Fahim M, Khoso H, Khan J, Bakhtiar R. — Essai randomisé, 140 hommes, 12 mois : minoxidil topique seul contre minoxidil topique complété par du Procapil. La combinaison fait mieux sur le nombre de cheveux au centimètre carré (+36,9 contre +16,1 ; p = 0,0001) comme sur la satisfaction. Réserve de lecture : l'article indique deux concentrations de minoxidil différentes selon les passages, ce qui limite la portée de la comparaison. Lue en texte intégral.
Journal of Pakistan Association of Dermatologists. 2024;34(2):384-391. doi: 10.66344/jpad.v34i2.2541. Revue indexée dans Scopus.
→ doi.org/10.66344/jpad.v34i2.2541Abbas N, Ahmed N, Khan SA, Saleem S. — Essai randomisé ouvert, 92 patients (70 hommes, 22 femmes), 6 mois : Procapil 5 % seul contre minoxidil 5 %, sur des critères jugés par les patients, sur photo et par le chercheur. Les trois critères sont en faveur du minoxidil ; aucune irritation n'est rapportée dans le groupe Procapil, contre plusieurs dans le groupe minoxidil. La revue n'est indexée ni dans MEDLINE ni dans Scopus et l'enregistrement de l'essai est postérieur à sa publication : citée comme signal, sans chiffres. Lue en texte intégral.
Biological and Clinical Sciences Research Journal. 2025;6(5):504-508. doi: 10.54112/bcsrj.v6i5.2351. Revue non indexée.
Bikash C. — Revue narrative des actifs topiques sans ordonnance pour la chute de cheveux (par exemple Redensyl, Procapil, Capixyl, Baicapil, AnaGain, caféine, romarin, saw palmetto, pépins de courge). 24 articles et fichiers techniques analysés. Elle rappelle que ces actifs sont surtout étudiés en association et pointe le décalage entre le marketing et le niveau réel de preuve. Lue en texte intégral.
International Journal of Trichology. 2025;17(1):13-19. PMID : 40654553. Accès libre.
→ pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40654553