Ce qu'il faut retenir
L’extrait de mil est un complément de soutien pour la chute diffuse, surtout chez la femme : dans un essai clinique contre placebo, sa molécule active, la miliacine, a réduit le nombre de cheveux en phase de chute en trois mois et amélioré l’état du cuir chevelu, sans effet indésirable. Il ne fait pas repousser une zone dégarnie et n’agit pas sur les hormones de la calvitie.
- La miliacine stimule la multiplication des cellules du bulbe, là où le cheveu se fabrique
- Un essai clinique contre placebo chez des femmes en chute diffuse : moins de cheveux en phase de chute après 12 semaines, cuir chevelu moins sec, cheveux plus brillants
- Le nombre de cheveux en phase de croissance n’a pas davantage augmenté qu’avec le placebo sur cette durée — pas de promesse de repousse
- En laboratoire, l’huile de mil réactive l’« interrupteur » qui relance le cycle du cheveu (voie Wnt), confirmé chez l’animal par une équipe indépendante
- Indiqué pour la chute réactionnelle : stress, post-partum, changement de saison, régime — pas pour la calvitie hormonale
- Sans ordonnance, très bien toléré ; cure de 3 à 6 mois, après bilan sanguin (fer, vitamine D, thyroïde)
- Attention à la confusion : Pantogar ne contient pas de mil
1. Le mil et sa molécule active, la miliacine
Le mil commun (Panicum miliaceum) est l’une des plus anciennes céréales cultivées, bien avant le blé. Ce qui intéresse la recherche capillaire, ce n’est pas le grain entier mais son huile, riche en une molécule qu’aucune autre céréale ne concentre autant : la miliacine, un triterpénoïde. En clair, une molécule végétale de la même grande famille que certains composés du ginseng ou de l’olive, connue depuis les années 1990 pour accélérer la réparation des tissus.
Petit détail qui compte : la miliacine est pratiquement insoluble dans l’eau comme dans les graisses. Pour qu’elle passe la barrière intestinale, les compléments étudiés l’enrobent dans des lipides polaires (des micro-bulles de même nature que les membranes de nos cellules). C’est cette forme encapsulée qui a été testée chez l’humain.
2. Comment le mil agit sur le cycle du cheveu
L’extrait de mil ne bloque pas la DHT (l’hormone responsable de la calvitie), ne dilate pas les vaisseaux, ne combat pas l’inflammation. Son action est nutritive et cellulaire : il pousse les cellules du bulbe, celles qui fabriquent le cheveu, à se multiplier davantage.
1Plus de cellules en division dans le bulbe
Sur des fragments de cuir chevelu humain maintenus en culture, la miliacine a presque doublé le nombre de cellules en division dans le bulbe ; enrobée dans ses lipides, elle a fait mieux encore. Plus le bulbe est actif, plus le cheveu est fabriqué vite et solidement ancré.
2L’« interrupteur » du cycle remis en marche
Une équipe de recherche publique coréenne a montré que l’huile de mil active dans les cellules de la papille dermique la voie Wnt/β-caténine — le même signal que celui qu’utilisent le minoxidil ou l’électrostimulation pour faire repartir un follicule en phase de croissance. Chez la souris dont la pousse est bloquée par la testostérone, l’huile de mil prise par la bouche a relancé la pousse et augmenté le nombre et la taille des follicules.
3Un terrain moins sec, moins inflammé
Dans l’essai clinique, la sécheresse du cuir chevelu a nettement diminué dès 6 semaines. En laboratoire, un complexe mil + blé augmente les enzymes antioxydantes des cellules du follicule et réduit les signaux inflammatoires. L’huile de mil apporte aussi de la vitamine E et de l’acide linoléique.
L’« interrupteur » Wnt : dans chaque follicule, un signal appelé Wnt/β-caténine décide du redémarrage de la pousse. L’huile de mil lève le frein qui bloque ce signal dans les cellules de la papille dermique, et relance au passage la production d’un facteur de croissance du follicule (FGF-10). Chez la souris, cela suffit à contrer l’effet de la testostérone sur la pousse.
Pourquoi enrober la miliacine : la molécule ne se dissout ni dans l’eau ni dans les graisses, donc l’intestin l’absorbe mal. Enfermée dans des micro-bulles de lipides, elle passe mieux : sur cuir chevelu en laboratoire, la stimulation du bulbe passe de +92 % (miliacine seule) à +140 % (enrobée).
Le « +215 % » qui circule : ce chiffre vient d’une étude de 2006 sur des cellules de peau en culture, à une dose très élevée. Il ne dit rien du follicule ni du cheveu : c’est pour cela que nous ne le mettons pas en avant.
3. Ce que dit l’essai clinique
Un seul essai clinique a testé la miliacine seule chez l’humain, et il est bien construit : multicentrique, randomisé, en double aveugle contre placebo, mené en France sur 65 femmes de 25 à 50 ans en chute diffuse (18 à 35 % de cheveux en phase de chute au départ). Deux gélules par jour pendant 12 semaines, soit environ 25 mg de miliacine encapsulée, et des mesures objectives au phototrichogramme.
contre placebo
(vs −17 sous placebo)
moins de chute (78 % sous placebo)
Ce que l’essai a montré
- Moins de cheveux en phase de chute après 12 semaines, nettement plus qu’avec le placebo
- Cuir chevelu nettement moins sec dès la 6e semaine
- Cheveux jugés plus brillants par le dermatologue à 12 semaines
- Aucun effet indésirable, tolérance excellente
Ce qu’il n’a pas montré
- Pas plus de cheveux en phase de croissance qu’avec le placebo (les deux groupes ont progressé)
- Aucune donnée chez l’homme ni dans la calvitie hormonale
- Durée limitée à 3 mois : l’effet à long terme reste à documenter
- Étude financée par le fabricant de la miliacine encapsulée
Les auteurs l’expliquent eux-mêmes : un cheveu qui repousse met 4 à 7 mois à devenir visible, trois mois sont trop courts pour mesurer une repousse. Un second essai de 24 semaines, achevé fin 2023, devrait apporter cette réponse : nous l’intégrerons dès sa publication.
Et les formules « mil + cystine + vitamine B5 » ?
Deux études plus anciennes (2000 et 2012) ont testé des gélules associant extrait de mil, L-cystine et pantothénate de calcium chez des femmes en chute diffuse, avec une amélioration du rapport cheveux en croissance / en chute. Mais ces formules mélangent plusieurs actifs et n’ont pas été publiées dans des revues indexées : elles confortent l’intérêt du mil sans permettre de lui attribuer le résultat.
4. Pantogar, Priorin, Keranat : qui contient du mil ?
C’est la confusion la plus répandue sur le sujet, y compris dans des articles de presse. Ces trois noms visent la même chute diffuse féminine, mais leurs compositions n’ont rien à voir.
5. Comment l’utiliser, en 4 étapes
Vérifier que c’est bien une chute diffuse
L’extrait de mil s’adresse à la chute réactionnelle : après un stress, un accouchement, une maladie, un changement de saison, un régime. Si les cheveux s’affinent sur le dessus du crâne ou aux golfes, c’est plutôt une alopécie androgénétique, qui relève d’autres actifs.
Faire un bilan sanguin d’abord
Ferritine, vitamine D, thyroïde, zinc : une carence en fer ou en vitamine D entretient la chute et aucun complément ne la compensera. Corriger la carence reste la priorité.
Choisir une formule dosée en miliacine
L’essai clinique a utilisé 2 gélules par jour, matin et soir, apportant environ 25 mg de miliacine encapsulée. Privilégier une étiquette qui nomme la miliacine et sa dose plutôt qu’un vague « extrait de mil ».
Tenir 3 à 6 mois, et associer intelligemment
La chute diminue en 3 mois ; la repousse visible demande plus de temps. En parallèle, un sérum à la caféine ou au Redensyl agit localement sur le cuir chevelu, et le dermaroller à domicile peut compléter la routine. À l’arrêt, la chute peut reprendre si la cause n’est pas traitée.
Précautions
Très bien toléré dans l’essai clinique. Le mil est naturellement sans gluten, mais les formules encapsulées utilisent des lipides de blé et certaines associent du germe de blé : à vérifier en cas de maladie cœliaque. Pas de données pendant la grossesse et l’allaitement : s’abstenir par précaution. Ne remplace pas un avis dermatologique si la chute dure plus de six mois.
Compléments à base d’extrait de mil
Notre sélection de compléments pour la chute diffuse, retenus sur la base des études disponibles.
Voir les compléments anti-chute →Keophiphath M, Courbière C, Manzato L, Lamour I, Gaillard E. Essai clinique multicentrique, randomisé, en double aveugle contre placebo. 65 femmes non ménopausées en effluvium télogène, 12 semaines, miliacine encapsulée dans des lipides polaires (2 gélules/jour). Résultat principal : baisse significative de la densité télogène vs placebo (−23,7 vs −17,0 cheveux/cm²) ; densité anagène en hausse dans les deux groupes sans différence significative ; sécheresse du cuir chevelu et brillance améliorées. Ex vivo : miliacine seule +92 %, encapsulée +140 % de cellules en division dans le bulbe. Auteurs affiliés au fabricant du complexe.
J Cosmet Dermatol. 2020;19(2):485-493. doi: 10.1111/jocd.12998 — PMID : 31135099.
→ pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31135099Lee E, Seo HD, Kim D, Park SH, Kim SR, Hyun C, Hahm JH, Ha TY, Ahn J, Jung CH. Étude préclinique indépendante (Korea Food Research Institute, financement public, pas de conflit d’intérêts déclaré). L’huile de mil active la voie Wnt/β-caténine dans les cellules de papille dermique humaine (phosphorylation d’AKT, S6K1, GSK3β ; translocation nucléaire de β-caténine ; FGF-10 ↑, DKK-1 ↓). Chez la souris C57BL/6 traitée à la testostérone, l’administration orale (100–200 mg/kg/j) relance la pousse et augmente le nombre et la taille des follicules.
Front Pharmacol. 2023;14:1172084. doi: 10.3389/fphar.2023.1172084 — PMID : 37229245 · PMC10203242.
→ pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37229245Choi N, Kim KC, Jeong PY, Kim B. Étude préclinique sur un complexe extrait de mil + extrait de blé (5,5:1). In vitro, sur cellules de papille dermique : hausse de la catalase, de SOD1, d’IGF-1, de VEGF, de FGF-7, de Wnt10b et de β-caténine ; baisse d’IL-6 et de TNF-α. Chez la souris synchronisée, allongement de la phase anagène. Auteurs affiliés au fabricant du complexe.
Nutrients. 2023;15(20):4411. doi: 10.3390/nu15204411 — PMID : 37892488.
→ pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37892488Obrigkeit DH, Oepen T, Jugert FK, Merk HF, Kubicki J. Étude in vitro sur kératinocytes humains en culture : la miliacine (6 mg/mL) augmente la capacité métabolique (+162 %) et la prolifération (+215 %, incorporation de BrdU). Source historique du chiffre « +215 % » — une donnée cellulaire, pas folliculaire.
Cutan Ocul Toxicol. 2006;25(1):13-22. doi: 10.1080/15569520500536584.
→ doi.org/10.1080/15569520500536584