Ce qu'il faut retenir
Le pygeum, extrait d'écorce du prunier d'Afrique, est un anti-DHT supposé : en laboratoire, il freine l'enzyme de la DHT et bloque son récepteur. Sur les cheveux, il a donné des résultats encourageants en association avec le saw palmetto, dans trois essais contre placebo ; seul, il n'a pas encore été testé. Un partenaire logique du saw palmetto, à prendre dans une formule qui réunit les deux.
- Écorce du prunier d'Afrique, utilisée en Europe depuis 1969 pour le confort urinaire de l'homme
- Anti-DHT supposé : effet sur l'enzyme et sur le récepteur montré en laboratoire, pas encore chez l'homme
- Trois essais sur les cheveux, tous avec du saw palmetto : plus de cheveux en phase de croissance que sous placebo
- Seul, il n'a jamais été testé sur les cheveux
- Dose : 100 mg d'extrait par jour, selon la monographie européenne
- Bien toléré ; à éviter pendant la grossesse et l'allaitement
- Espèce protégée : choisissez une origine traçable
1. Qu'est-ce que le pygeum ?
Le pygeum est un extrait de l'écorce du prunier d'Afrique (Prunus africana), un grand arbre des forêts de montagne d'Afrique centrale et australe. En Europe, cet extrait est utilisé depuis 1969 pour soulager les troubles urinaires liés à l'augmentation de volume de la prostate. L'Agence européenne du médicament le reconnaît comme médicament traditionnel à base de plantes dans cette indication.
Il intéresse aussi la chute de cheveux héréditaire, l'alopécie androgénétique : la prostate et le follicule sont tous deux sensibles à la même hormone, la DHT. On le trouve surtout en compléments alimentaires, très souvent associé au saw palmetto.
2. Prostate et cheveux : même hormone, preuves différentes
La DHT est une forme puissante de la testostérone, fabriquée dans les tissus par une enzyme, la 5α-réductase. Dans la prostate, elle fait grossir la glande ; dans le cuir chevelu des personnes prédisposées, elle fait rétrécir les follicules. C'est ce lien qui a conduit à tester sur les cheveux des plantes utilisées pour la prostate. Pour le pygeum, les deux dossiers n'ont pas la même solidité :
En laboratoire, l'extrait freine la 5α-réductase, mais bien plus faiblement que le finastéride. Un de ses composés, l'acide atrarique, agit à un autre niveau : sur des cellules de prostate, il bloque le récepteur sur lequel la DHT se fixe. Ces deux effets n'ont pas été mesurés chez l'homme. C'est pourquoi nous parlons d'un anti-DHT supposé : le pygeum est censé freiner l'action de la DHT, sans que cela ait encore été vérifié sur le cuir chevelu.
Ce que la revue Cochrane montre vraiment
Cette revue indépendante a réuni 18 essais contre placebo chez 1 562 hommes souffrant de la prostate. Le pygeum y améliore modestement les symptômes urinaires, avec des effets indésirables comparables au placebo. Elle n'a jamais dosé la DHT, et ses auteurs écrivent que le mode d'action du pygeum reste incertain : elle ne dit donc rien de son effet sur les cheveux.
L'acide atrarique a été étudié sur le cheveu, mais sous forme de molécule pure, extraite d'un lichen. Appliqué sur la peau de souris dont la pousse était freinée par la testostérone, il a relancé le poil en 18 jours. Sur des cellules humaines de la papille, qui pilote la croissance du cheveu, et sur de la peau de porc cultivée, il a stimulé la pousse. Ces travaux universitaires coréens ouvrent une piste ; rien ne dit encore qu'une gélule d'extrait d'écorce en apporte assez au follicule.
3. Ce que disent les études sur les cheveux
Trois essais contre placebo ont testé le pygeum sur les cheveux, toujours associé au saw palmetto. Ils vont dans le même sens, mais leur conception et leur financement diffèrent :
Ce que ces essais permettent de dire
Les formules qui associent saw palmetto et pygeum ont fait mieux que le placebo dans trois essais. Tous sont financés par les fabricants, et aucun n'isole le pygeum : un essai indépendant, pygeum seul contre placebo, dirait enfin quelle part lui revient.
4. Comment le prendre, et avec quoi l'associer
Le pygeum se prend par voie orale, en gélules d'extrait d'écorce. La monographie européenne retient 100 mg par jour, en deux prises de 50 mg, et admet une prise au long cours. Les essais sur les cheveux ont duré de 16 semaines à six mois : comptez au moins trois mois pour un premier effet, et six mois pour juger.
Il n'existe pas d'étude du pygeum en application sur le cuir chevelu.
L'association logique
Les essais l'ont testé avec le saw palmetto : une formule qui réunit les deux reproduit ce qui a été évalué. Pour compléter ce frein sur la DHT, associez un actif qui agit sur un autre levier, par exemple un soin local qui stimule la repousse comme la caféine, l'huile de romarin ou le Redensyl.
Découvrez notre sélection de compléments pour les cheveux.
5. Tolérance et précautions
Le pygeum est bien toléré. Dans les essais sur la prostate, les effets indésirables ne sont pas plus fréquents que sous placebo. L'Agence européenne ne signale que de rares troubles digestifs (nausées, constipation, diarrhée) et aucune interaction médicamenteuse connue.
Sa sécurité pendant la grossesse n'a pas été étudiée : il est à éviter pendant la grossesse et l'allaitement, ainsi que chez l'enfant. Si vous suivez un traitement hormonal, parlez-en à votre médecin avant de commencer.
Un arbre à protéger
La récolte intensive de l'écorce a fragilisé le prunier d'Afrique, classé vulnérable. Son commerce international est encadré par la CITES depuis 1995, et l'Union européenne en a suspendu les importations de 2007 à 2011. Privilégiez une origine traçable.
Un avis médical si la chute s'accélère
Face à une chute importante ou rapide, consultez un dermatologue. Le pygeum est un soutien ; dans une chute avancée, il s'intègre à une prise en charge qui peut inclure le minoxidil ou le finastéride.
Piquero-Casals J, Saceda-Corralo D, Aladren S, Bustos J, Fernández-Botello A, Navasa A, Logusso G, Jourdan E, Mir-Bonafé JF, Morgado-Carrasco D. Oral Supplementation with l-Cystine, Serenoa repens, Cucurbita pepo, and Pygeum africanum in Chronic Telogen Effluvium and Androgenetic Alopecia: A Double-Blind, Placebo-Controlled, Randomized Clinical Study. Skin Appendage Disord. 2025;11(1):27–35.
PMID 39911983 → doi:10.1159/000540081Borràs JM, Piqué N, Nieto C, González J. Efficacy and safety of a dietary supplement containing a lipid co-extract from Serenoa repens and Pygeum africanum for the treatment of androgenetic alopecia (AGA) in women. Más Dermatol. 2016;25:5–14.
doi:10.5538/1887-5181.2016.25.5Guerra-Tapia A, Buendía Eisman A, Ferrando Barberá J, Picas Jufresa J, Bermejo Rodríguez R. Estudio comparativo de dos complementos alimenticios inhibidores de la 5α-reductasa en la alopecia androgénica femenina. Más Dermatol. 2018;30:5–18.
doi:10.5538/1887-5181.2018.30.5Wilt T, Ishani A, MacDonald R, Rutks I, Stark G. Pygeum africanum for benign prostatic hyperplasia. Cochrane Database Syst Rev. 2002;(1):CD001044.
PMID 11869585 → doi:10.1002/14651858.CD001044Agence européenne du médicament (HMPC). European Union herbal monograph on Prunus africana (Hook f.) Kalkm., cortex. EMA/HMPC/680626/2013, adoptée le 12 juillet 2016.
Rapport d'évaluation EMA →Papaioannou M, Schleich S, Prade I, et al. The natural compound atraric acid is an antagonist of the human androgen receptor inhibiting cellular invasiveness and prostate cancer cell growth. J Cell Mol Med. 2009;13(8B):2210–2223.
doi:10.1111/j.1582-4934.2008.00426.xPulat S, Subedi L, Pandey P, et al. Topical Delivery of Atraric Acid Derived from Stereocaulon japonicum with Enhanced Skin Permeation and Hair Regrowth Activity for Androgenic Alopecia. Pharmaceutics. 2023;15(2):340.
doi:10.3390/pharmaceutics15020340Pulat S, Kim W, Hwang JH, et al. Atraric Acid Induces Hair Growth through the Stimulation of Sonic Hedgehog/GLI1 in Human Dermal Papilla Cells. Stem Cell Rev Rep. 2025;21:283–286.
doi:10.1007/s12015-024-10798-0