Ce qu’il faut retenir
Le neem est un assainissant du cuir chevelu : il freine la levure des pellicules et calme l’inflammation, et une première étude chez l’humain montre un recul net des pellicules en deux semaines. Pour la repousse, il prépare le terrain sans agir lui-même : on l’associe à un actif de pousse.
- Contre les pellicules : 44 % des participantes sans pellicules après deux semaines, contre 4 % sans traitement — une étude indépendante sur 100 personnes, à confirmer
- Face au kétoconazole : en laboratoire, associé au romarin, il fait jeu égal avec l’antifongique de référence contre la levure des pellicules
- Sur la chute : rien de démontré chez l’humain ; un signal de laboratoire sur cellules de follicule humain ouvre une piste anti-DHT
- Le bon duo : romarin + neem, la seule association testée, sur la levure des pellicules et sur la pousse chez le rat
- Toujours dilué : 1 volume pour 10, test cutané 24 h ; jamais avalé
- Sa place : en soin du cuir chevelu, aux côtés d’un actif de repousse
Ce qu’il fait, en trois actions
Le neem (Azadirachta indica) est un arbre du sous-continent indien, surnommé là-bas « la pharmacie du village » : on y soigne la peau avec ses feuilles depuis les textes ayurvédiques. Des dermatologues indiens y comptent plus de 400 composés, dont deux familles nous intéressent : les limonoïdes (azadirachtine, gédunine, nimbidine), amers et antimicrobiens, et les flavonoïdes (quercétine, catéchines), antioxydants. En soin capillaire, il s’utilise en huile de graines pressée à froid ou en extrait de feuilles.
Il freine la levure des pellicules
Malassezia, la levure qui vit sur tout cuir chevelu et déborde quand il est gras, est inhibée par les extraits de feuilles en laboratoire — et les pellicules reculent chez l’humain.
Il calme l’inflammation
La nimbidine freine les cellules de l’inflammation, et l’extrait de feuilles réduit fortement le monoxyde d’azote inflammatoire, y compris sur des cellules de follicule humain.
Il protège du stress oxydatif
Ses flavonoïdes limitent l’oxydation des membranes des cellules du follicule — un facteur reconnu de vieillissement de la racine.
Ces trois actions ont un point commun : elles portent sur le terrain, pas sur le cheveu lui-même. Un cuir chevelu gras, pelliculaire ou inflammé est un mauvais terrain pour la racine ; le neem travaille à le rendre sain. C’est un actif de terrain, et c’est comme tel qu’il faut le juger.
Contre les pellicules : la première étude chez l’humain
Jusqu’en 2025, le neem contre les pellicules n’était qu’une tradition appuyée sur des boîtes de Pétri. Une équipe d’une école de soins infirmiers indienne a fait ce que personne n’avait fait : tester la feuille de neem seule sur de vrais cuirs chevelus. Cent étudiantes de 18 à 24 ans souffrant de pellicules, cinquante traitées, cinquante non traitées. Le traitement : une pâte de feuilles fraîches broyées à l’eau, quinze minutes sur le cuir chevelu, rincée, trois fois par semaine pendant deux semaines. Aucun financement, aucun lien d’intérêt.
Sur l’échelle de pellicules utilisée, le groupe traité finit à 0,7 en moyenne contre 1,72 pour le groupe non traité ; aucune participante traitée n’est restée au niveau sévère, contre quatre dans l’autre groupe. Les auteurs concluent à un remède naturel efficace et peu coûteux contre les pellicules.
Pourquoi nous ne classons pas le neem plus haut
C’est une première preuve, pas une preuve définitive. Les participantes n’ont pas été tirées au sort, le groupe témoin ne recevait rien (pas même un placebo), les pellicules ont été notées à l’œil, et tout s’est joué en quinze jours dans une seule école. Les auteurs le disent eux-mêmes. Il faudra qu’une seconde équipe refasse l’expérience, contre un shampooing de référence, pour que le neem monte d’un cran. En attendant, c’est le meilleur résultat humain dont il dispose, et il est cohérent avec tout ce que montre le laboratoire.
Face au kétoconazole : ce que dit le laboratoire
Le kétoconazole est l’antifongique de référence du cuir chevelu, celui contre lequel on mesure tout le reste. Le neem a été confronté à lui, et à la levure des pellicules, dans plusieurs laboratoires. Voici les quatre études qui comptent, avec ce que chacune pèse.
La lecture d’ensemble : sur la levure des pellicules, les données convergent, du laboratoire jusqu’à la seule étude humaine. Sur les champignons de la teigne, le neem est trop faible pour compter : la teigne se soigne chez le médecin. Et face au kétoconazole, le neem ne joue à égalité qu’associé au romarin et à forte dose — c’est un assainissant d’entretien, pas un antifongique de traitement.
Neem et tea tree : deux assainissants, deux chimies
Le tea tree agit par le terpinène-4-ol, une petite molécule volatile ; le neem par ses limonoïdes, lourds et amers. Les deux visent la même levure. On les trouve souvent ensemble dans les soins de cuir chevelu, avec par exemple la piroctone olamine ou le kétoconazole en alternance quand les pellicules sont installées.
Et la chute ? Une piste, pas une preuve
Disons-le simplement : aucun essai chez l’humain n’a testé le neem seul contre la chute de cheveux. Ce n’est pas un jugement, c’est un constat. Mais deux travaux récents ont commencé à regarder ce que le neem fait au follicule, et ils méritent d’être racontés.
Sur des cellules de follicule humain, il touche aux bons interrupteurs
En 2026, une équipe de l’Université de Chiang Mai, en Thaïlande, a mis un extrait de feuilles de neem au contact de cellules de papille dermique humaine — le petit groupe de cellules qui, au fond du follicule, décide si le cheveu pousse ou s’arrête. Trois choses se sont produites. L’activité des gènes qui fabriquent la DHT a baissé. Celle du signal qui pousse le follicule vers le repos a baissé aussi, de moitié. Et les signaux qui commandent la pousse et l’irrigation de la racine se sont réveillés, à un niveau comparable à celui obtenu avec le minoxidil dans la même expérience. Fonds publics thaïlandais, aucun lien d’intérêt.
C’est exactement ce qu’on aimerait voir. Mais c’est une boîte de culture, une seule concentration, et des gènes qu’on lit plutôt que des cheveux qu’on compte. Personne n’a encore posé cet extrait sur un cuir chevelu. Nous parlons donc de piste anti-DHT, ni plus ni moins.
Chez le rat, associé au romarin, il fait pousser le poil
La même équipe du Caire qui a comparé le duo romarin-neem au kétoconazole l’a aussi appliqué, en gel, sur le dos rasé de rats pendant un mois. Le poil a atteint 19,4 mm sous le gel, contre 14,2 mm sous minoxidil à 2 % et 10,6 mm sans rien. Vingt rats, cinq par groupe, aucune statistique publiée ; et la formule combine deux plantes, on ne peut donc pas dire ce qui revient au neem. Mais c’est un signal, chez l’animal, dans le bon sens.
Les gènes suivis à Chiang Mai : SRD5A1 et SRD5A2 (les deux 5-alpha-réductases, qui transforment la testostérone en DHT), tous deux abaissés par l’extrait ; TGFB1, le messager de la régression du follicule, ramené à 0,52 fois sa valeur de départ ; CTNNB1 (bêta-caténine, voie Wnt), SHH, SMO et GLI1 (voie Sonic Hedgehog) et VEGF (irrigation), tous augmentés. La DHT elle-même n’a pas été dosée. Ces résultats prolongent une observation plus ancienne de la Mayo Clinic : sur des cellules de cancer de la prostate, un extrait de feuilles de neem faisait baisser la DHT intracellulaire et le récepteur aux androgènes — sans jamais toucher au cheveu.
Notre lecture
Pour la repousse, le neem a une piste de laboratoire, un signal chez l’animal en association, et rien chez l’humain. C’est trop peu pour le présenter comme un actif anti-chute, et assez pour le recommander là où il est bon : préparer le terrain. Si vous cherchez un actif anti-DHT documenté chez l’humain, ce n’est pas encore lui. Si vous cherchez à assainir un cuir chevelu gras ou pelliculaire avant d’y appliquer un actif de repousse, il est à sa place.
Le duo romarin + neem
Romarin + neem, deux parts pour une
C’est la seule association du neem qui ait été mise à l’épreuve, et elle l’a été deux fois dans la même étude : contre la levure des pellicules, où le duo fait jeu égal avec le kétoconazole, et sur la pousse du poil chez le rat, où le gel dépasse le minoxidil à 2 %. L’extrait de romarin y pèse deux fois plus que celui de neem.
À la maison : quelques gouttes d’huile essentielle de romarin et un volume d’huile de neem dans dix volumes d’huile porteuse, en massage du cuir chevelu avant le shampooing, une à deux fois par semaine. Ou, plus simple, un shampooing ou un sérum qui associe les deux. Un actif de repousse par-dessus, par exemple le Redensyl, le Procapil ou la caféine, et la logique multi-actifs est complète : un terrain sain, un signal de pousse.
Comment l’utiliser
Le bon format
Huile diluée en masque, ou extrait en shampooing. Le neem agit sur la peau du cuir chevelu : c’est là qu’on l’applique, pas sur les longueurs. En shampooing, comptez 1 à 5 % d’extrait de feuilles.
La bonne dilution
1 volume pour 10. Une cuillère à café d’huile de neem dans dix cuillères à café d’huile porteuse — jojoba, coco ou ricin. Jamais pure : l’odeur est forte et la peau n’aime pas.
Le bon rythme
Une à deux fois par semaine, quinze à trente minutes de pose, puis shampooing doux. La seule étude humaine a obtenu son résultat en deux semaines à trois applications par semaine.
Le bon binôme
Avec un actif de repousse, jamais à sa place. Le neem prépare le terrain ; c’est l’autre actif qui travaille la densité. Le romarin est son partenaire testé.
Précautions : trois règles qui ne se discutent pas
Test cutané 24 heures avant, toujours
L’huile de neem est un allergène de contact reconnu : une dizaine de cas d’eczéma de contact publiés entre 2008 et 2025, y compris avec des cosmétiques du commerce, et un patient qui l’utilisait contre la chute de cheveux. Une goutte diluée au pli du coude, on attend un jour : rougeur ou démangeaison, on renonce.
Ne jamais l’avaler
Des décès d’enfants après ingestion d’huile de neem sont publiés, avec atteintes du foie et du système nerveux. L’huile se range hors de portée des enfants, comme un produit ménager. Les compléments oraux de neem ne sont pas le sujet de cette page, et nous n’en vendons pas.
Pas pendant la grossesse ni avant 12 ans
La feuille et l’huile de neem sont contre-indiquées pendant la grossesse et l’allaitement, et chez l’enfant de moins de 12 ans, selon la monographie de l’Organisation mondiale de la santé. On évite aussi les yeux et les muqueuses, et on n’applique pas sur une peau lésée.
Notre avis ANAGEN
Le neem est souvent vendu comme une huile « anti-chute ». Ce n’est pas ce qu’il est, et ce n’est pas grave : ce qu’il est vaut mieux qu’une promesse. C’est un assainissant du cuir chevelu qui a, depuis 2025, une première étude chez l’humain pour lui contre les pellicules, un laboratoire cohérent derrière, et un début de piste sur le follicule.
La bonne façon de le choisir : pour un cuir chevelu gras, qui pèle ou qui gratte, en huile diluée en masque ou en extrait dans un shampooing, et de préférence en compagnie du romarin, son partenaire testé. Puis, par-dessus, un actif qui travaille la densité — par exemple Redensyl, Procapil ou caféine. Un terrain sain, puis un signal de pousse : c’est dans cet ordre que ça marche.
Si la chute est installée, la question n’est pas le neem : c’est de poser un diagnostic. Nos pages sur la chute chez la femme, la chute chez l’homme et notre comparatif des actifs vous donneront le cadre.
Aller plus loin
Nous comparons les actifs anti-chute selon leur niveau de documentation scientifique, de la référence clinique aux données préliminaires.
Dani PB, Ghorpade VK. Étude quasi-expérimentale, 100 étudiantes de 18 à 24 ans souffrant de pellicules, 50 traitées par pâte de feuilles fraîches de neem (15 mL, 15 minutes, trois fois par semaine, deux semaines) contre 50 non traitées, sans tirage au sort ni placebo. Échelle de Van Abbe modifiée : 44 % sans pellicules contre 4 % ; score moyen 0,7 contre 1,72 (p = 0,00001). Limites reconnues par les auteurs : évaluation subjective, effectif et durée réduits. Aucun financement, aucun conflit d’intérêts.
Cureus. 2025;17(3):e80685. PMID : 40242687 — PMC11999905.
→ doi.org/10.7759/cureus.80685Hashem MM, Attia D, Hashem YA, Hendy MS, AbdelBasset S, Adel F, Salama MM. Extrait combiné romarin-neem (2 : 1) en gel et tonique. En laboratoire, à 50 mg/mL : zones d’inhibition 24,2 mm sur Malassezia furfur et 20,2 mm sur Trichophyton rubrum, comparables au kétoconazole à 100 µg/mL (24,0 et 21,2 mm) ; les extraits seuls font moins bien que la combinaison. Chez 20 rats (5 par groupe, 30 jours) : longueur du poil 19,4 mm sous gel, 17,2 sous tonique, 14,2 sous minoxidil 2 %, 10,6 sans traitement ; aucun test statistique publié. Université du Caire et British University in Egypt, fonds publics (STDF), aucun conflit d’intérêts.
Scientific Reports. 2024;14:7780. PMID : 38565924 — PMC10987638.
→ doi.org/10.1038/s41598-024-57838-wMuangsanguan A, Panti N, Ruksiriwanich W, et al. Extrait éthanolique de feuilles de neem, non fermenté et fermenté, à 0,0625 mg/mL sur cellules de papille dermique humaine. Les deux extraits abaissent l’expression de SRD5A1, SRD5A2 et TGFB1 et augmentent CTNNB1, SHH, SMO, GLI1 et VEGF ; l’extrait fermenté fait mieux que le non fermenté, à un niveau comparable ou supérieur au minoxidil, au finastéride et au dutastéride sur ces gènes. Une seule concentration, expression génique seulement, ni dosage de DHT ni essai in vivo. Université de Chiang Mai, fonds publics thaïlandais, aucun conflit d’intérêts.
Plants. 2026;15(18):2779. PMID : 42796811 — PMC13610621.
→ doi.org/10.3390/plants15182779Mishra RC, Kumari R, Yadav JP. Seize extraits de huit plantes, obtenus par acétate d’éthyle ou CO₂ supercritique, testés contre Malassezia furfur, Propionibacterium acnes et Staphylococcus epidermidis. L’extrait supercritique de feuilles de neem obtient la meilleure activité d’ensemble (zone 19,1 mm sur M. furfur, contrôle 21,3 mm). Université Maharshi Dayanand, Rohtak ; financement public (UGC), aucun conflit d’intérêts.
Journal of Dermatological Treatment. 2022;33(2):989-995. PMID : 32691649.
→ doi.org/10.1080/09546634.2020.1799919Tiple RH, Jamane SR, Khobragade DS. Extrait éthanolique de feuilles de neem, seul puis associé aux huiles d’Eucalyptus citriodora et de Cymbopogon martini, contre Microsporum canis et Trichophyton tonsurans. Concentration minimale inhibitrice du neem seul : 187,5 et 375 µg/mL, contre 0,25 et 0,50 µg/mL pour l’antifongique de référence. Aucun conflit d’intérêts déclaré. Résumé consulté, texte intégral non lu.
Cureus. 2024;16(5):e59671. PMID : 38836134.
→ doi.org/10.7759/cureus.59671Gopinath H, Karthikeyan K. Revue de dermatologues indiens : plus de 400 composés identifiés, activités antimicrobiennes, anti-inflammatoires et antioxydantes en laboratoire, usage traditionnel sur le cuir chevelu squameux, et constat de la rareté des essais chez l’humain. Source de la toxicité par ingestion (décès d’enfants, hépatotoxicité), de la contre-indication grossesse, allaitement et moins de 12 ans (monographie OMS) et de deux cas d’eczéma de contact. Aucun financement, aucun conflit d’intérêts.
Indian Journal of Dermatology. 2021;66(6):706. PMID : 35283494 — PMC8906293.
→ doi.org/10.4103/ijd.ijd_562_21Baby AR, Freire TB, Marques GdA, Rijo P, Lima FV, Carvalho JCMd, Rojas J, Magalhães WV, Velasco MVR, Morocho-Jácome AL. Revue narrative sur le neem en dermocosmétique : activité antifongique des extraits de feuilles et de graines sur les dermatophytes, effet additif des limonoïdes (inactifs isolément), toxicologie (l’azadirachtine est classée sensibilisant cutané). Universités de São Paulo et Lusófona, fonds publics brésiliens ; un co-auteur est salarié d’un fournisseur d’ingrédients cosmétiques.
Cosmetics. 2022;9(3):58.
→ doi.org/10.3390/cosmetics9030058Wu Q, Kohli M, Bergen HR, Cheville JC, Karnes RJ, Cao H, Young CYF, Tindall DJ, McNiven MA, Donkena KV. Extrait supercritique de feuilles de neem sur cellules de cancer de la prostate LNCaP-luc2 et en xénogreffe chez la souris : baisse de la DHT intracellulaire, du récepteur aux androgènes et du PSA induits par la DHT ; réduction de la croissance tumorale par voie orale. La 5-alpha-réductase n’est pas mesurée, le cheveu n’est pas évoqué. Mayo Clinic, financement American Cancer Society et Département de la Défense des États-Unis, aucun conflit d’intérêts.
Molecular Cancer Therapeutics. 2014;13(5):1067-1077. PMID : 24674886 — PMC4308972.
→ doi.org/10.1158/1535-7163.MCT-13-0699Reutemann P, Ehrlich A. Cas clinique : eczéma de contact aigu du cuir chevelu et du visage après application d’huile de neem contre une alopécie, avec revue des réactions publiées. Le corpus a grossi depuis : de Groot 2017 (Dermatitis, PMID 29059091), Romita 2019, Bernaola 2020 (cosmétique naturel), Samaran 2023 et El Kaderi 2025 (Contact Dermatitis, PMID 40571349, « une cause émergente de dermatite de contact »). Résumés consultés, textes intégraux non lus.
Dermatitis. 2008;19(3):E12-E15. PMID : 18627678.
→ pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18627678Soins du cuir chevelu
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