Ce qu'il faut retenir
Appliqué sur le cuir chevelu, l'extrait de cresson a épaissi le cheveu dans un essai de six mois chez l'homme : +13 µm dans le groupe traité, quand le groupe placebo perdait 5 µm — un écart net, visible dès le troisième mois. La densité a aussi progressé, d'une douzaine de cheveux par cm². Mais tout tient à ce seul essai, petit, jamais reproduit, et conduit de bout en bout par le fabricant de l'extrait. De quoi s'y intéresser, pas de quoi conclure.
- L'extrait de cresson (Nasturtium officinale, feuilles et tiges) est un actif botanique récent, mis au point par un fabricant japonais d'ingrédients de soin
- Mécanisme : sur les cellules de la racine, il augmente un signal de pousse (la R-spondin 1) et réduit un signal de chute (la DKK1) — y compris en présence de DHT, l'hormone en cause dans la chute héréditaire
- En lotion à 2 %, deux fois par jour pendant six mois, l'essai mesure +13,5 µm d'épaisseur contre −5 µm sous placebo, et +12,8 cheveux/cm² contre 0
- Réserves : un seul essai, 44 hommes, mené par le fabricant, non enregistré au préalable ; la densité n'a été comparée qu'au point de départ de chaque groupe
- Aucune donnée chez la femme, aucune par voie orale, aucun essai en association avec d'autres actifs
- Tolérance : aucun effet indésirable rapporté sur six mois ; test cutané recommandé avant la première application
1. Qu'est-ce que l'extrait de cresson ?
Le cresson de fontaine (Nasturtium officinale) est une plante d'eau de la famille du chou et de la moutarde, connue depuis longtemps comme légume. En soin capillaire, ce n'est pas la plante entière qui est utilisée mais un extrait de ses feuilles et de ses tiges, obtenu à l'alcool puis concentré, pour ne garder qu'une fraction de ce qu'elle contient.
Cet extrait est récent. Il a été mis au point par un fabricant japonais d'ingrédients pour les soins de la peau et du cheveu, qui le vend aux marques sous un nom commercial et qui a publié, en 2022, l'unique étude scientifique le concernant — du laboratoire jusqu'à l'essai sur des personnes. Sur les étiquettes, il apparaît sous les mentions Nasturtium Officinale Extract ou Nasturtium Officinale Leaf/Stem Extract.
Cresson n'est pas capucine
Un autre ingrédient capillaire porte un nom voisin : il associe le cresson de fontaine à la capucine (Tropaeolum majus, parfois appelée « cresson d'Inde ») et à une molécule d'énergie cellulaire, l'ATP. Sa composition n'est pas publiée et il n'a fait l'objet d'aucun essai chez l'homme. Ce que dit cette fiche ne s'applique qu'à l'extrait de cresson seul, tel qu'il a été testé.
2. Comment il agit sur le cheveu
Le cheveu pousse par cycles : une longue phase de croissance, une courte phase de repos, la chute, et le cycle recommence. Dans la chute héréditaire, une hormone dérivée de la testostérone — la DHT — pousse les cellules de la racine à produire un signal de chute qui raccourcit la phase de croissance et rétrécit le follicule, cycle après cycle.
L'extrait de cresson a été étudié précisément sur ce mécanisme, en laboratoire, sur des cellules humaines. Trois observations en ressortent.
Il pousse les cellules de la racine à sécréter davantage de R-spondin 1, un messager qui entretient la phase de croissance.
Il réduit la production de DKK1, le messager que la DHT déclenche pour mettre le cheveu au repos — et cela même en présence de DHT.
Sur des follicules humains cultivés six jours, la tige s'allonge davantage avec l'extrait, mais l'écart reste juste sous le seuil de significativité.
Autrement dit, l'extrait agit des deux côtés : il renforce l'accélérateur et desserre le frein. C'est cette double action sur le signal de chute lié à la DHT qui distingue le cresson d'un simple actif « fortifiant », et qui a justifié de le tester sur des têtes. Ce qu'il fait sur des cellules explique ce que l'essai mesure ensuite ; cela ne le démontre pas.
La R-spondin 1 et la DKK1 agissent sur une même voie de communication des cellules, la voie Wnt, qui commande le passage du repos à la croissance et la fabrication de la tige. La DKK1 bloque cette voie ; la R-spondin 1 lève ce blocage. Dans l'étude, l'extrait de cresson relève la première et abaisse la seconde de façon proportionnelle à la dose, sur des cellules de papille dermique humaine — les cellules qui pilotent le cycle du cheveu. Les auteurs ont isolé la molécule responsable, un dérivé d'acide férulique, qui reproduit l'effet à lui seul.
Sur follicules cultivés, l'allongement observé (×1,6 à six jours) a une probabilité de hasard de 5,2 %, juste au-dessus du seuil habituel de 5 % : un résultat qu'on qualifie de tendance, pas de preuve. Ces follicules provenaient d'une seule donneuse. L'ensemble de ce travail est signé par l'équipe du fabricant ; aucun autre laboratoire ne l'a reproduit.
3. Ce que montre l'essai
Un seul essai clinique existe. Il est bien construit sur le papier : randomisé, en double aveugle, contre une lotion placebo, sur six mois. Quarante-quatre hommes de 20 à 55 ans en chute héréditaire modérée ont été répartis en deux groupes de 23 ; 37 sont allés au bout. L'essai a été confié à une société de recherche clinique, dans une clinique dermatologique de Bangalore, en Inde. Voici ce qu'il mesure, au sommet du crâne, par photographie agrandie du cuir chevelu.
Le résultat le plus solide est l'épaisseur : c'est le seul critère pour lequel les deux groupes ont été comparés entre eux, et l'écart était déjà significatif au troisième mois. C'est l'épaisseur, plus que le nombre, qui fait l'impression de densité ; et c'est sur elle que l'essai est le plus net.
Pour la densité, c'est plus fragile. Le groupe traité a gagné 12,8 cheveux par cm² par rapport à son propre point de départ, et le groupe placebo n'a rien gagné. Mais les auteurs n'ont pas testé l'écart entre les deux groupes sur ce critère. Le sens est bon ; la démonstration est incomplète. Quant à la part des cheveux en phase de croissance, elle n'a pas bougé de façon significative.
Se comparer à soi-même, ou à l'autre groupe
Un groupe qui progresse par rapport à son départ peut le devoir au produit, à la saison, ou au simple fait d'être suivi. Seule la comparaison entre le groupe traité et le groupe placebo dit que le produit y est pour quelque chose. Ici, elle existe pour l'épaisseur, pas pour la densité. C'est la première chose à regarder devant n'importe quel chiffre.
Qui a mené l'essai, et qui l'a payé
Les six auteurs de l'étude sont salariés du fabricant de l'extrait, et l'extrait testé est leur produit. L'article indique n'avoir reçu « aucun financement externe » et ne déclare aucun conflit d'intérêts — ce qui est exact au sens strict, puisque le financement était interne. Ce n'est pas une raison d'écarter le résultat : c'est une raison d'attendre qu'une équipe sans lien avec le produit le reproduise. Aucune ne l'a fait à ce jour.
Deux réserves de méthode s'ajoutent. L'essai n'a pas été enregistré dans un registre public avant son démarrage, ce qui est aujourd'hui la norme et permet de vérifier que les critères annoncés sont ceux qui ont été publiés. Et sept hommes sur quarante-quatre ont quitté l'étude en cours de route, sans que l'article dise pourquoi.
4. Ce qu'on ne sait pas
Avec un dossier réduit à une étude, la liste des questions sans réponse compte autant que les résultats. Elle est nette.
- Chez la femme — rien. L'essai n'a inclus que des hommes. Le fabricant recommande pourtant son extrait aux deux sexes, en s'appuyant sur le mécanisme.
- Au-delà de six mois — rien. Ni sur l'efficacité, ni sur la tolérance, ni sur ce qui se passe à l'arrêt.
- Face au minoxidil — rien. Aucune comparaison avec un traitement de référence n'a été faite.
- En association — rien. L'extrait n'a été testé qu'en lotion seule.
- Par voie orale — rien. Le cresson mangé ou pris en gélule n'a aucune étude capillaire.
- Sur le cheveu blanc — rien de testé. Les auteurs évoquent en discussion un effet possible sur le grisonnement, par le même signal de chute ; c'est une hypothèse, pas une mesure.
Méfiez-vous des études qui n'existent pas
Plusieurs sites marchands citent, à propos du cresson et des cheveux, des publications qui n'ont jamais paru dans les revues indiquées. Nous les avons cherchées : elles n'existent pas. À ce jour, l'étude de 2022 est la seule, et toute fiche qui en cite d'autres mérite d'être lue avec prudence.
5. Formes, dosage et utilisation
La seule forme testée : une lotion à 2 %, sans rinçage
L'essai utilise une lotion à 2 % d'extrait de cresson, vaporisée sur le cuir chevelu deux fois par jour — dix pressions à chaque application, soit environ 1,2 g de produit —, puis massée pendant une minute et laissée en place. C'est cette concentration et ce rythme qui ont produit les résultats mesurés. Comptez 3 mois pour un premier écart mesurable, 6 mois pour vous faire une idée juste.
Lire l'étiquette
La concentration en extrait est rarement affichée sur les produits finis. Repérez la position de Nasturtium Officinale Extract dans la liste d'ingrédients : plus elle est haute, plus la teneur est importante. Un shampooing, rincé après quelques dizaines de secondes, ne correspond pas à ce qui a été testé.
Des formules à laisser sur le cuir chevelu, à intégrer dans une routine multi-actifs.
Le geste qui aide
Le dermaroller (micro-aiguilles à domicile) est utilisé pour améliorer la pénétration des actifs appliqués localement. Aucun essai ne l'a testé avec l'extrait de cresson : c'est un principe général, pas un résultat propre à cet actif. Espacez les séances et l'application de la lotion, et faites toujours un test cutané avant un premier usage.
6. Associations, limites et précautions
L'extrait de cresson agit sur les signaux de pousse et de chute échangés dans la racine. Il est donc complémentaire, sur le papier, des actifs qui visent d'autres maillons :
Associer le cresson (signaux de la racine) à un botanique qui freine la fabrication de la DHT — les pépins de courge —, à un stimulateur des cellules du follicule comme le Redensyl® ou la procyanidine B-2, et à un actif micro-circulatoire comme la caféine, revient à couvrir plusieurs voies d'action distinctes. Précision honnête : aucune de ces associations n'a été testée dans un essai. C'est une construction de bon sens, pas une efficacité démontrée.
Ce qu'il ne traite pas
L'extrait de cresson a été testé chez des hommes atteints d'alopécie androgénétique — la chute héréditaire masculine. Il n'a aucune action démontrée sur les alopécies de traction, la pelade, ni sur les chutes liées à une carence en fer, en vitamine D ou à un trouble thyroïdien. Identifier la cause de la chute reste la première étape.
Ne remplace pas un avis médical
Face à une chute importante ou rapide, une consultation chez un dermatologue ou un trichologue est indispensable. L'extrait de cresson est un actif de soutien, documenté par un seul essai : en cas d'alopécie évoluée, il s'inscrit dans une stratégie plus large, aux côtés des traitements de référence si ceux-ci sont indiqués.
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