Ce qu'il faut retenir
En bref : le zinc pyrithione est un antipelliculaire minéral efficace pour assainir le cuir chevelu — mais sur la chute de cheveux, sa preuve est mince, et il a de toute façon été retiré des cosmétiques européens.
- C'est un actif antipelliculaire qui agit sur les levures du cuir chevelu, à l'origine des pellicules et des démangeaisons
- Sur la repousse, un seul essai ancien montre un gain réel mais modeste — environ la moitié d'un traitement de référence — jamais confirmé depuis
- Depuis 2022, il est interdit dans les cosmétiques vendus dans l'Union européenne, pour une raison réglementaire liée à la reproduction
- Les grandes marques l'ont remplacé par la piroctone olamine, désormais l'antipelliculaire présent dans les shampooings européens
- Son intérêt réel est le confort du cuir chevelu, pas la lutte contre la chute
Qu'est-ce que le zinc pyrithione ?
Le zinc pyrithione — souvent abrégé ZPT, ou écrit « pyrithione zinc » — est un composé minéral de zinc utilisé depuis plus de soixante ans comme agent antipelliculaire dans les shampooings. Pendant des décennies, il a équipé la plupart des grandes marques du rayon (Head & Shoulders, Clear…). Son rôle n'a jamais été de faire pousser les cheveux, mais de lutter contre les pellicules et la dermite séborrhéique.
Pour comprendre son action, il faut regarder ce qui vit sur notre cuir chevelu. Celui-ci héberge naturellement une levure, Malassezia. Chez certaines personnes, elle prolifère et déclenche une réaction en chaîne : pellicules, rougeurs, démangeaisons. Le zinc pyrithione est à la fois antifongique (il freine cette levure) et antibactérien, et il calme l'inflammation de surface. C'est cette action « assainissante » qui a fait sa réputation.
Pourquoi un antipelliculaire s'est-il retrouvé testé contre la chute ? Parce que certains chercheurs soupçonnent qu'une inflammation discrète et chronique du cuir chevelu — la « micro-inflammation folliculaire » — pourrait aggraver l'alopécie androgénétique. En calmant cette inflammation, un actif antifongique pourrait, en théorie, offrir un léger coup de pouce au follicule. C'est cette hypothèse qui a motivé les rares essais du zinc pyrithione sur la repousse.
Pourquoi il a disparu des shampooings européens
Si vous ne trouvez plus votre shampooing au zinc pyrithione en France, ce n'est pas un hasard. Depuis le 1er mars 2022, le zinc pyrithione est interdit dans tous les cosmétiques mis sur le marché de l'Union européenne (Règlement (UE) 2021/1902).
La raison est réglementaire, pas une question d'efficacité. Sur la base d'études animales, la substance a été classée toxique pour la reproduction (catégorie 1B). Or la réglementation cosmétique européenne interdit par principe ce type de substances. Une exception avait bien été demandée pour l'usage antipelliculaire en rinçage à 1 % — le comité scientifique européen l'avait d'ailleurs jugé sûr dans ce cadre précis — mais elle a été refusée, au motif qu'il existe des alternatives équivalentes.
Conséquence concrète : les produits encore en rayon ont dû être retirés, et les marques ont reformulé, le plus souvent avec de la piroctone olamine. À noter : le zinc pyrithione reste autorisé dans d'autres régions du monde, comme aux États-Unis — d'où la persistance de pages et de produits étrangers qui le recommandent encore.
Cette interdiction reste en vigueur en 2026 : l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) classe toujours le pyrithione de zinc parmi les substances interdites (Annexe II) des cosmétiques, et le 23e amendement du règlement CLP l'a réaffirmée en février 2026.
À retenir si vous êtes en Europe
Un shampooing au zinc pyrithione ne peut plus être vendu légalement comme cosmétique en France. Les articles qui le conseillent encore sont souvent d'origine étrangère ou antérieurs à 2022. L'équivalent disponible ici, sur la même cible, est la piroctone olamine.
Ce que disent les études sur la chute
L'unique essai dédié : Berger 2003
Le seul essai clinique ayant testé le zinc pyrithione directement sur la chute date de 2003 (Berger et coll., British Journal of Dermatology). Son protocole était solide : 200 hommes de 18 à 49 ans présentant une alopécie androgénétique (stades III à IV de Norwood), suivis sur 26 semaines, répartis au hasard en quatre groupes — shampooing au zinc pyrithione 1 % quotidien, minoxidil 5 % deux fois par jour, shampooing placebo, ou association des deux.
Résultat, tel quel : le comptage des cheveux a augmenté de façon significative avec le zinc pyrithione par rapport au placebo, dès la 9e semaine, et ce gain s'est maintenu jusqu'à la fin. Mais son ampleur restait modeste — environ un peu moins de la moitié du gain obtenu avec le minoxidil. L'association des deux n'apportait rien de plus que le minoxidil seul.
Trois limites imposent la prudence. D'abord, c'est un essai unique, jamais reproduit en plus de vingt ans. Ensuite, il était financé et conduit par le fabricant du shampooing (Procter & Gamble) et n'était qu'en simple aveugle. Enfin, l'effet mesuré était réel mais faible. C'est pourquoi nous situons le zinc pyrithione à un niveau de preuve très limité sur la chute : un signal, pas une démonstration.
Un signal honnête, pas une promesse
Un gain « environ moitié moindre que le minoxidil » n'est pas rien — mais il provient d'un seul essai, financé par le fabricant, et n'a jamais été confirmé. En science, un résultat isolé reste une piste, pas une preuve établie. C'est exactement le genre de nuance que le marketing efface.
Son vrai point fort : le cuir chevelu
Là où le zinc pyrithione a réellement fait ses preuves, c'est sur le cuir chevelu lui-même. De nombreux essais ont confirmé son efficacité contre les pellicules et la dermite séborrhéique — c'est d'ailleurs pour cela qu'il a dominé le rayon antipelliculaire pendant des décennies.
Un essai comparatif de référence (Piérard-Franchimont 2002, 331 participants) l'a directement opposé au kétoconazole : après quatre semaines, le kétoconazole à 2 % faisait un peu mieux que le zinc pyrithione à 1 % sur les formes sévères, sans que ce dernier soit inefficace. Autrement dit : un bon antipelliculaire, un cran en dessous du kétoconazole.
Pellicules et chute : quel lien, vraiment ?
Avoir des pellicules ne fait pas « tomber les cheveux » directement. Mais un cuir chevelu enflammé est un mauvais terrain pour le follicule. Traiter la dermite séborrhéique améliore le confort et l'aspect — c'est utile, sans être un traitement de la chute.
Que faire aujourd'hui en Europe
Puisque le zinc pyrithione n'est plus disponible en cosmétique dans l'UE, voici les options qui l'ont remplacé — et la bonne façon de les situer.
1. Piroctone olamine — l'alternative directe
C'est le remplaçant retenu par la plupart des marques. Même cible (les levures Malassezia), bonne tolérance, et présence désormais généralisée dans les shampooings antipelliculaires européens. C'est le choix cosmétique par défaut aujourd'hui. Nous lui consacrons une analyse dédiée.
2. Kétoconazole — l'option la plus documentée
Un peu plus puissant sur les formes sévères de pellicules et de dermite, le kétoconazole en shampooing relève souvent d'un cadre pharmaceutique (selon la concentration). C'est l'antifongique de référence quand le cuir chevelu est vraiment réactif.
3. Ne pas confondre confort et repousse
Un shampooing assainissant améliore le terrain, mais si votre vrai sujet est la chute, ce sont d'autres actifs qu'il faut viser. Faites le tri avec notre guide des actifs anti-chute et notre comparatif pour bien choisir son shampooing.
Berger RS, Fu JL, Smiles KA, Turner CB, Schnell BM, Werchowski KM, Lammers KM. — Essai randomisé, en simple aveugle, groupes parallèles. 200 hommes (18-49 ans), alopécie androgénétique Norwood III-IV, 26 semaines. Shampooing pyrithione zinc 1 % (quotidien) vs minoxidil 5 % (×2/j) vs shampooing placebo vs association. Hausse significative du comptage capillaire pour le pyrithione zinc vs placebo dès la 9e semaine, maintenue à 26 semaines ; gain ≈ un peu moins de la moitié de celui du minoxidil ; aucun bénéfice de l'association au-delà du minoxidil seul. Étude financée et conduite par le fabricant (Procter & Gamble). Seul essai clinique dédié à l'effet anti-chute du zinc pyrithione.
British Journal of Dermatology. 2003;149(2):354-362. PMID : 12932243. doi: 10.1046/j.1365-2133.2003.05435.x.
→ pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12932243Piérard-Franchimont C, Goffin V, Decroix J, Piérard GE. — Essai multicentrique randomisé, ouvert, groupes parallèles. 331 volontaires éligibles (171 kétoconazole 2 % vs 160 zinc pyrithione 1 %), pellicules sévères / dermite séborrhéique, phase de traitement de 4 semaines. Conclusion : après 4 semaines, le kétoconazole 2 % était significativement supérieur au zinc pyrithione 1 %, ce dernier restant efficace. Documente l'action antipelliculaire du zinc pyrithione face au kétoconazole.
Skin Pharmacology and Applied Skin Physiology. 2002;15(6):434-441. PMID : 12476017. doi: 10.1159/000066452.
→ pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12476017Commission européenne — Règlement (UE) 2021/1902 (« Omnibus IV »). — Modifie les annexes du Règlement cosmétique (CE) n° 1223/2009. Le zinc pyrithione (CAS 13463-41-7), classé CMR 1B (toxique pour la reproduction), est ajouté à l'Annexe II (substances interdites). Interdiction effective au 1er mars 2022, applicable aux produits déjà sur le marché.
Journal officiel de l'Union européenne, 29 octobre 2021. Interdiction toujours en vigueur en 2026 (ECHA — Annexe II, base consolidée par le Règlement (UE) 2026/78). Fondé sur l'avis SCCS/1614/19 (mars 2020) et la classification CLP.
→ eur-lex.europa.eu/eli/reg/2021/1902/oj → echa.europa.eu — Pyrithione zinc (statut réglementaire)